La France a choisi. Hollande plutôt que Sarkozy. La gauche chasse la droite. Jeu d’alternance démocratique, jeu (subtil) de séduction politique... Mais le pays reste divisé, profondément. L’extrême droite bleu Marine défie l’extrême gauche requinquée par Mélenchon, la gauche brave la droite, le centre se cherche en vain. Des blocs s’invectivent, se condamnent, se confondent en diatribes et en formules assassines.Rien, au pays de Jeanne d’Arc (dont on célèbre les 600 ans de la naissance), ne plaide pour l’apaisement, la sérénité. «La France est fatiguée psychiquement», avait révélé en janvier 2010 le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye. C’est un fait, la douce France s’est durcie, bloc contre bloc, acquis contre acquis, camp A contre camp B. Tout cela relèverait de l’anecdote si la dette publique, le chômage, l’Europe, le nucléaire, les délocalisations, la désindustrialisation ne pointaient leur redoutable museau.Le nouveau chef de l’Etat, c’est plus que souhaitable, saura-t-il rabibocher un tissu national qui s’effiloche. Saura-t-il, tel un bâtisseur de ponts, réunir des camps opposés, réconcilier des adversaires, poser des jalons sûrs pour l’avenir? La France a besoin – la campagne électorale l’a démontré – de pontonniers, de pacificateurs, de reconstructeurs. Un pontonnier à l’Elysée, vite!Ailleurs, dans nos sociétés écartelées entre l’ouverture au monde et le repli identitaire sur soi et ses certitudes, des blocs se figent, s’isolent, se coupent du monde. Des individus s’enferment, de petits groupes campent, reclus, sur leurs positions.«Urgent: cherche pontonniers»: la petite annonce vaut pour la France, pour l’Europe, pour l’Eglise. Cette dernière cache, elle aussi, ses fractures, de plus en plus visibles. Des pontonniers, oui! Des rassembleurs pour unir ce qui se sépare, pour rapprocher des continents mentaux à la dérive, pour porter le souci de l’unité. Le genre humain est unifié où il n’est pas... Pontonniers, engagez-vous!Bernard Litzler