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  • Des milliers d'enfants autochtones du Canada ont été placés de force dans des pensionnats
    Des milliers d'enfants autochtones du Canada ont été placés de force dans des pensionnats - Biblioarchives/Libraryarchives/Flickr/CC BY 2.0

    Blog Colonisation,civilisation et mission, en marge d’une tragédie

    «C’est écoeurant!», pour parler québecois, ces découvertes en Amérique du Nord de tombes d’enfants anonymes, arrachés à leurs parents autochtones, internés dans des pensionnats qui prétendaient les «civiliser». Avec raison, nos medias, même suisses, ont poussé des cris d’orfraie, dès la divulgation des faits.

    En fait, il n’y a pas que le Canada à être concerné. Ce phénomène est hélas universel. Nos medias ont-ils oublié les traitements indignes que firent subir aux Amérindiens les conquérants des deux Amériques? Jusqu’à faire disparaître les Indiens d’Hispaniola mourant comme des mouches dans les mines d’or ou d’argent des Espagnols. Pourquoi ne pas dénoncer aussi les génocides culturels récents commis par les Hans chinois au Tibet ou au Xinjiang?

    Mais revenons à notre sujet précis. Apprendre que des religieux et religieuses, catholiques de surcroît, furent compromis dans de telles horreurs fait monter d’un cran la haine qu’on leur porte déjà. Il est plus facile en effet de les dénoncer que de condamner les autorités politiques qui commanditaient et soutenaient ces entreprises «civilisatrices».

    Ceci dit, une fois de plus c’est la mission chrétienne qui est sur le gril et qui porte le chapeau de ces exactions. On l’accuse de détruire une culture pour promouvoir une civilisation estimée supérieure et de faire usage de moyens condamnables comme l’enlèvement d’enfants à leur famille naturelle, quitte à leur faire subir des mauvais traitements pour y parvenir. De lourds griefs dont la mission doit répondre.

    "La confrontation des techniques et des civilisations est un problème universel"

    Mais il y a missionnaires et missionnaires. Ceux qui se mettent au service d’une puissance coloniale ou qui s’en réclament, convaincus des bienfaits de la civilisation occidentale et ceux qui se contentent d’être présents en terre étrangère, témoignant de l’Evangile, tout en se gardant bien de porter atteinte aux coutumes du peuple qui les accueille. Déculturation dans un cas, inculturation dans l’autre. L’histoire des missions chrétiennes a connu toutes les nuances de cette alternative. Rappelons quelques faits.

    On ne peut nier que les premiers missionnaires du «Nouveau Monde» s’embarquèrent dans les caravelles des conquistadors. Mais les divergences ne tardèrent pas à s’exprimer sur le terrain. Faut-il rappeler le nom du dominicain Las Casas et évoquer le combat de sa vie en faveur des Indiens d’Amérique?

    Trois siècles plus tard, une autre vague missionnaire atteignit les rives de l’Afrique subsaharienne. Un des capitaines de ce projet audacieux fut le cardinal Lavigerie (1825 – 1892) évêque d’Alger. Il fut d’abord ému - comme d’autres explorateurs de son temps - par la misère des populations africaines toujours exposées aux trafiquants d’esclaves. Mais ce motif humanitaire allait de pair avec l’exigence que Lavigerie imposait à son groupe missionnaire - les «Pères Blancs» - de ne pas faire de leurs «convertis» des Français ou des Anglais. Il leur demandait de les alphabétiser dans leur langue et même de la parler entre eux.

    Mais fallait-il les alphabétiser? N’était-ce pas porter atteinte à leur culture fondée sur l’oralité? Les instruments nécessaires à la survie d’un être humain moderne ne devraient pas faire disparaître sa culture originelle, mais la compléter et, à la rigueur, corriger ses éléments négatifs. Mais cette modernité - nécessaire - porte inévitablement sa marque d’origine. Comment l’utiliser comme instrument neutre, affranchi de tout désir de domination d’une population qui ne l’a pas fait naître? La confrontation des techniques et des civilisations est un problème universel, qui englobe celui de la mission dans son rapport aux cultures autochtones. Le sage selon l’Evangile est celui qui sait faire un usage judicieux du vieux et du neuf - nova et vetera -  tirés de son trésor.

    "'Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie', aimait répéter François de Sales"

    J’écris ces lignes à la lumière de l’Evangile de ce dimanche. Jésus envoie ses disciples en mission, pauvres et démunis, sans prétentions culturelles. Au contraire, ils doivent se faire recevoir par ceux vers qui ils vont, partager leur habitat et leur nourriture. En un mot, respecter leur hospitalité. Simples témoins d’amitié et de paix, comme le furent en notre temps les moines de Tibhirine jusqu’à épouser les risques de mort de leurs hôtes algériens.

    Ma pensée va aussi vers l’apôtre Paul, le premier des grands missionnaires itinérants. Il ne renia jamais sa culture juive dont il était fier, mais se fit un devoir - chrétien - de ne pas l’imposer au Grec ou au Romain désireux de recevoir le baptême. Pour Paul, le Christ traverse toutes les cultures, les juge et les sauve toutes. Aucune supériorité du juif sur le Grec et pas de prévalence du Grec sur le barbare.

    Qu’avons-nous fait de ces principes et de ces exemples? Ecclesia semper reformanda, à la fois laide et splendide, comme la mission. «Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie», aimait répéter François de Sales. Un dicton qui venait souvent sur les lèvres de Mgr Bigirumwami (1904-1986), un évêque rwandais qui fut un des premiers africains à accéder à cette fonction ecclésiale. Il combattit toute sa vie pour la survie de sa culture éclairée par l’Evangile. Et même sans se faire trop d’illusions. Un exemple!

    Guy Musy

    19 juillet 2021

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