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  • Multiplication des pains/evangile-et-peinture.org
    Multiplication des pains/evangile-et-peinture.org

    Évangile du dimanche Evangile de dimanche: Consommer ou être consommé

    «Renvoie donc la foule… qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture». Dans ce texte, si célèbre, de la multiplication des pains, on ne se concentre pas volontiers sur cette proposition des disciples. Elle sonne comme une nouvelle manifestation de la naïveté des premiers compagnons de Jésus qui, décidément, ont encore beaucoup à apprendre! Pourtant, on aurait tort de balayer, d’un revers de main, cette remarque, nous imaginant plus christianisés, du haut de nos 2000 ans de Tradition, que ces rustres paysans de l’Antiquité. Renvoyer. Acheter. Voici deux verbes utilisés par les disciples qui peuvent interpeller notre attitude de chrétiens immergés dans une société de consommation.

    Renvoyer. «Renvoie donc la foule». Les disciples ont identifié une difficulté. Ils ont bien vu qu’après cette prédication un peu longue de Jésus, un problème d’intendance allait se poser. Mais ils en tirent immédiatement une conclusion qui les exonère de toute responsabilité à l’égard de cette question : la sphère des besoins primaires, ce n’est pas leur affaire. Après avoir entendu le sublime discours du Christ, ses paroles divines, il ne s’agit pas de s’occuper directement d’alimentation! Pas d’abord parce que cela les ennuie. Mais parce qu’il faut bien séparer les domaines de l’existence... Il est beau et profond de nourrir son âme des paroles du Christ, de se laisser porter vers les sommets, vers une vie au goût déjà céleste. Il serait donc inconvenant de penser à l’alimentation dans un tel climat quasi-angélique!

    Pourtant Jésus ne veut pas que la foule soit renvoyée. Il le dit clairement: «ils n’ont pas besoin de s’en aller». Jésus refuse la logique, propre à notre monde moderne, qui consisterait à séparer les sphères de l’existence. Il n’est pas question que sa parole, une parole faite chair, retentisse malgré les contingences matérielles auxquelles les hommes sont confrontés. La parole doit retentir au cœur de celles-ci. Jésus n’est pas venu pour nous faire oublier notre condition humaine ; il est venu pour nous faire aimer notre condition humaine.

    "Jésus refuse la logique, propre à notre monde moderne, qui consiste à séparer les sphères de l’existence"

    Acheter. «Renvoie donc la foule… qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture». La suite de ce verset met en lumière une seconde erreur des disciples. Pas seulement une séparation du sublime domaine religieux d’avec les viles préoccupations quotidiennes, mais l’idée selon laquelle les auditeurs de la Parole constituent une «foule» qu’il s’agit de «gérer». Proposer que chacun aille acheter la nourriture dont il a besoin ne manque pourtant pas de rationalité. Chacun se procurerait ainsi la nourriture qui correspond à son goût et serait en mesure d’acquérir la quantité de mets susceptible de satisfaire son appétit.

    Pourtant, Jésus veut rompre cette logique, intimant aux disciples l’ordre suivant: «donnez-leur vous-mêmes à manger». Ceux qui écoutent la parole du Christ ne constituent pas une foule d’individus que les disciples devraient encadrer. Ils sont appelés à former une communauté. Dans une communauté digne de ce nom, ce qui est premier n’est pas le caractère optimal de son organisation, la variété des services qu’elle propose et qu’elle pourrait se procurer par un achat sur le marché.

    Ce qui est premier est le bien sur lequel elle est fondée, le bien qu’elle vise: la capacité qu’elle offre à chacun de se donner pleinement. Une communauté est le lieu où ce dont chacun dispose -même le peu dont chacun dispose -est une bénédiction pour le groupe car il est donné aux autres. C’est à cela que Jésus invite les disciples. Donner le peu que l’on a. Reconnaître que ce don est une bénédiction. Non parce qu’il permet de répartir de manière optimale un menu nourrissant pour tous. Mais parce qu’il redit à tous l’importance du don qui les unit.

    L’évangile de ce dimanche est une invitation à tordre le cou aux logiques de nos sociétés de consommation

    L’évangile de ce dimanche est une invitation à tordre le cou aux logiques dans lesquelles nos sociétés de consommation peuvent nous entraîner, logiques qui déteignent souvent sur notre vie spirituelle. Jamais le Christ ne nous demande de «renvoyer» nos besoins les plus humains, mais de les Lui présenter comme lieu par excellence de la rencontre avec Lui. Jamais le Christ ne nous demande «d’acheter» ce qui nous constitue comme groupe, mais d’accepter de le recevoir comme un don qui vient de Lui et de nos frères, qui fonde un lien entre nous. Avec le Christ, il n’y a pas d’une part ce que nous contemplons et d’autre part ce que nous consommons. Il n’y a qu’une invitation, radicalement nouvelle : accepter de nous laisser consommer par son amour, de faire, à sa suite, de notre vie un bien donné aux autres.

    Jacques-Benoît Rauscher | Vendredi 31 juillet 2020

    Mt 14, 13-21

    En ce temps-là,
        quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste,
    il se retira et partit en barque
    pour un endroit désert, à l’écart.
    Les foules l’apprirent
    et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
        En débarquant, il vit une grande foule de gens ;
    il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.
        Le soir venu,
    les disciples s’approchèrent et lui dirent :
    « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée.
    Renvoie donc la foule :
    qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! »
        Mais Jésus leur dit :
    « Ils n’ont pas besoin de s’en aller.
    Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
        Alors ils lui disent :
    « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
        Jésus dit :
    « Apportez-les moi. »
        Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe,
    il prit les cinq pains et les deux poissons,
    et, levant les yeux au ciel,
    il prononça la bénédiction ;
    il rompit les pains,
    il les donna aux disciples,
    et les disciples les donnèrent à la foule.
        Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés.
    On ramassa les morceaux qui restaient :
    cela faisait douze paniers pleins.
        Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille,
    sans compter les femmes et les enfants.

     « Mes brebis écoutent ma voix ;
moi, je les connais,
et elles me suivent.

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