C’est parti pour un mois… Depuis quelques semaines, comment ignorer que le Mondial de football débute le 12 juin au Brésil? Présentation des équipes, vente de vignettes Panini, d’accessoires divers et... de cervelas pour la mi-temps: le «gavage» a commencé. Trente-deux équipes vont s’affronter pour un titre de gloire planétaire.Nous le savons, le spectacle proposé n’est pas – loin de là – à la hauteur de l’enjeu. Combien de calculs tactiques, les yeux rivés sur le classement? Combien de 0-0, de 1-1, de matchs nuls qui ramènent à la quintessence de cet adjectif? Nulles souvent, brillantes parfois (heureusement!), les joutes des joueurs de balle au pied souffrent du même mal que bien des excès de notre monde: surmédiatisation, salaires excessifs, marchandisation, luttes entre sociétés pour asseoir une image publicitaire, personnalisation à outrance d’un sport censé être collectif.La Coupe Jules-Rimet est née humblement dans l’entre deux-guerres. Elle a prospéré rapidement jusqu’à devenir le plus grand événement sportif au monde. La mondialisation actuelle des échanges et le fait d’avoir porté à 32 équipes le nombre de participants en font réellement une fête planétaire du football. Penser à des matches comme Belgique - Russie ou Iran - Bosnie-Herzégovine (qui se joueront au Brésil) fait rêver...Alors faut-il vivre un mois coupés du monde? Les yeux rivés sur un ballon qui tourne plus rond que la planète, nous risquons d’oublier l’Ukraine et la Syrie, la Centrafrique et le Pakistan, l’Irak et l’Afghanistan. Nous risquons de sombrer dans un doux autisme, bercés par les innombrables péripéties et images de ce Mondial, aussi vite assimilées qu’oubliées.Le Brésil doit-il tout faire oublier? Heureusement, les Brésiliens réagissent, manifestent leur colère devant les fortes dépenses engagés, font savoir haut et fort que le foot n’est pas tout. Le pays clame son désir de justice. Grâce à ces protestations, fondées, nous savons que le football ne nous coupera pas du monde. C’est heureux...
Bernard Litzler