L’enveloppe est toujours la même. Grise. Un peu plus épaisse cette fois-ci. Les électeurs suisses sont parés. Nous devons, au plus tard le 23 octobre, accomplir notre devoir citoyen. Choisir ceux à qui nous allons déléguer une partie de notre pouvoir. Tâche importante, transfert de confiance, ouverture d’un nouveau chapitre de notre vie collective: quatre ans de mandat pour les élus au National et au Conseil des Etats.
Oui, mais comment votons-nous? Comment se passe la mystérieuse alchimie entre un corps électoral et ses représentants? Comment choisissons-nous? Votons-nous sur la table de la cuisine, au salon, au bureau ou sur notre terrasse? Le temps de réflexion à propos de nos élus est-il proportionnel à la tâche que nous leur confions? Mystère des votes, des usages, des consciences et des choix. La solitude de l’isoloir emprunte aujourd’hui des voies plus variés: mais les doutes de l’électeur devant la liste à remplir restent entiers.
L’administration fédérale a, dans un élan créatif, distribué une brochure au titre alléchant: «Un menu épicé pour l’automne». Les partis politiques y sont associés à des épices aux couleurs variées. La chancelière fédérale, sûrement gastronome, nous souhaite «une bonne lecture culinaire et politique» de la brochure. La politique, il est vrai, s’apparente souvent à une cuisine. Il faut de bons ingrédients, du doigté, un réel savoir-faire pour mijoter des plats, les lois en l’occurrence, destiné au peuple.
Comment découvrir dans les bobines alléchantes de maîtres queux qui prétendent tous avoir d’excellentes recettes (34000 candidats au National!), les meilleurs marmitons? Comment éliminer les faux cuistots, les gâte-sauces chancelants, les apprentis parés des vertus des chefs? Ou, positivement, comment détecter ceux qui sauront aromatiser, façonner, mitonner, farcir les textes législatifs? Trouverons-nous des créatifs, fiables et dotés du sens de la chose publique, ou des exécutants, suivant à la lettre des recettes toutes faites? Le menu épicé promis doit être à la hauteur des attentes. Pour éviter de devoir consommer une infâme bouillie. Un petit pays mérite une grande cuisine. Pour que le gris de l’enveloppe ouvre à des fumets appétissants. Nous attendons quatre ans de table fine.Bernard Litzler