Chère lectrice et cher lecteur je reprends avec plaisir ces chroniques après la période des congés. La dernière lettre pastorale des évêques sur l’usage de l’argent publiée le 1er août insiste sur la nécessité de la tempérance. « Se contenter de ce qui est nécessaire est un art que nous devons apprendre à exercer de nouveau… » Que signifie cette tempérance et quel rapport a-t-elle avec la décroissance dont parle beaucoup d’économistes ?La tempérance est avec la prudence, la justice et le courage, l’une des quatre vertus fondamentales que les théologiens catholiques, à la suite d’Aristote considèrent comme indispensables à la construction du bien commun. Déjà citée dans le livre de la Sagesse, elle est une règle d’équilibre du comportement à travers la maîtrise de ses passions. On peut l’assimiler à la sobriété dans l’usage des moyens matériels (nourriture, logement, boissons, argent…) nécessaires à la vie. Elle n’a pas très bonne presse aujourd’hui plus attentive aux caprices ou aux excès des stars. Mais heureusement on découvre aux détours d’une émission (l’excellente « passe-moi les jumelles » par exemple) ou d’un article de journal la vie d’une personne qui a su mettre en œuvre cette sobriété.Cette règle n’a rien à voir avec la décroissance qui est une baisse du revenu national. L’Eglise ne prône pas la décroissance et à mes yeux elle a raison. Une baisse du revenu national signifie des destructions massives d’emploi or le travail est le bien le plus important que possèdent l’essentiel des familles. L’accès au travail est essentiel pour les jeunes qui sortent de formation. Cette décroissance est ce que les économistes appellent pudiquement une récession. Elle est la situation que connaissent aujourd’hui les pays du sud de l’Europe (Grèce, Espagne, Portugal). On mesure quelles en sont les conséquences sociales lorsque le taux de chômage des jeunes en Espagne est de 50%.La solution à la destruction des ressources naturelles qui caractérisent notre société n’est donc pas la décroissance mais une croissance équilibrée. Pour ce faire il faudrait corriger la mesure du revenu national en prenant en compte les atteintes que nous pratiquons au capital naturel. La diminution d’un capital n’a jamais été une création de revenu et elle doit être soustraite des richesses produites. Les solutions statistiques existent mais les politiciens n’ont pas eu le courage jusqu’à aujourd’hui de remettre en cause le sacro-saint PIB (produit intérieur brut). Il faudrait ensuite ne pas doper artificiellement la consommation par des moyens économiques illicites comme l’endettement ou la distribution massive de liquidités par les banques centrales. La seconde est d’ailleurs liée à la première car ce sont les déficits intérieurs et extérieurs qui génèrent l’abondance des liquidités. Il faudrait enfin investir dans des activités et des processus qui ménagent les ressources naturelles.Toutes ces actions sont bien en lien avec la tempérance dont parlent les évêques. Elles visent toutes à des rapports plus équilibrés de la personne à son environnement. Mieux consommer, accorder plus de place aux activités de service et ne pas se laisser piéger par la dette sont certainement sources de mieux être et de meilleur rapport à la vie.Jean-Jacques Friboulet