Nos sociétés européennes semblent atteintes de schizophrénie. D’un côté elles prônent une ouverture toujours plus grande de l’économie. De l’autre elles décident d’une fermeture croissante au niveau politique, comme en témoignent les votations récentes en Suisse. Ce double mouvement d’ouverture et de fermeture est incohérent. Il nous conduit droit dans le mur comme l’a montré la votation du 9 février qui reste à ce jour sans solution.Du point de vue politique, un pays ne peut être entièrement ouvert ou fermé. Il a besoin de réguler ses flux d’entrée et de sortie et donc de définir ses frontières de façon pragmatique. Faute de l’avoir fait, l’Union européenne se retrouve dans les pires difficultés du point de vue des migrations.Du point de vue économique il en est de même. La fermeture signifie la fin du libre- échange et conséquemment celle de l’économie de marchés. On passe alors à une économie administrée riche de tous les périls comme l’a montré l’exemple de l’Allemagne dans les années 1930. Mais l’ouverture totale est également sans issue. Elle est impossible du point de vue agricole car elle signifierait la ruine des régions de montagne et l’importation de denrées du bout de monde avec des dépenses en énergie fossile incompatibles avec les engagements de la COOP 21. Elle l’est également du point de vue industriel car le libre-échange total (l’absence compète de droits de douane et de règles de protection) permettrait aux firmes multinationales de s’affranchir des normes environnementales en termes de ressources et de déchets qui sont nécessaires à la survie de la planète. Alors que faire?
Il faut s’affranchir du binôme ouverture-fermeture pour passer au binôme délocalisations-relocalisations.
Il faut s’affranchir du binôme ouverture-fermeture pour passer au binôme délocalisations-relocalisations. Pour abandonner les énergies fossiles, il faut relocaliser les sources d’énergie par l’utilisation des énergies renouvelables. Pour améliorer la qualité de notre alimentation et réduire son coût en énergie grise (engrais, pesticides), il faut relocaliser certaines productions agricoles. Pour réduire leur consommation des ressources naturelles et augmenter leur absorption des déchets, les firmes industrielles doivent entrer dans des processus circulaires ou la consommation de l’une sera la production de l’autre. Toutes ces recettes sont déjà éprouvées comme le montre le film Demain qui passe actuellement dans les salles romandes. Elles sont pratiquées par des villes et des entreprises innovantes. Elles supposent une volonté politique et un rééquilibrage des pouvoirs entre les entreprises multinationales et les PME qui doivent être soutenues par les milieux bancaires.Un libre échange total ne profiterait qu’aux premières. Mais une fermeture progressive de nos économies serait au bout du compte nuisible aux consommateurs et à l’innovation. Il faut donc trouver une nouvelle voie que nous avons esquissée ici. Celle-ci est de nature à sécuriser nos concitoyens qui sont aujourd’hui bouleversés par une mondialisation de plus en plus sauvage. Politique et économie sont liées. Il est impossible de traiter les maux de l’une sans corriger les excès de l’autre.Jean-Jacques Friboulet | 17.02.2016