L’Europe dérive. D’un centimètre par an vers l’est, nous assurent les physiciens. Mais elle dérive aussi de l’intérieur. Le Vieux-Continent va mal. Il a mal à son organisation, à sa monnaie, à son avenir. Les Vingt-Sept, mal en point, traînent un boulet financier. Quand la dette qui met la Grèce en vedette, l’Allemagne rechigne à payer davantage. De leur côté, l’Italie sombre dans la mélancolie, l’Espagne désespère de son chômage, la Belgique n’a plus de gouvernement… et la France attend son président. L’Europe s’enlise, se cherche, se questionne…Que reste-t-il de l’élan initial? Que diraient les De Gasperi, Schuman, Adenauer, fondateurs de l’Union, de la situation présente? Les débuts sont loin, les années 1950 et leur esprit pionnier ont disparu. On a quitté l’usine à rêves, la matrice porteuse d’espoirs. Le bilan n’est pas négatif, loin s’en faut. L’Europe a supprimé les frontières, bâti une réconciliation durable entre ennemis, instauré un marché unique. Elle a connu des lendemains chantants, jamais vécus dans l’Histoire. Aujourd’hui tout semble figé. C’est l’Union sans la force. Une Union qui fait rêver les Balkans ou le Bosphore, mais un ensemble dont les ressorts semblent sapés.Attaquée sur la monnaie, la zone euro a le moral en berne. Allemands et Français s’allient, sous le regard dubitatif des Britanniques. Et Grecs, Italiens et Portugais réalisent leur dépendance à l’égard de l’ensemble du continent. Mais quand la monnaie devient le seul ciment unitaire, le continent semble voué à dériver encore. En oubliant que ses fondateurs ont cru en un esprit de solidarité ancré dans les valeurs chrétiennes. Les Pères voyaient plus loin que le bout de la monnaie, même si elle n’existait pas encore à leur époque... Pourvu que les héritiers ne boudent pas cet héritage précieux. Sinon, l’Europe dérivera – c’est certain - de plus d’un centimètre par an.Bernard Litzler