La parabole de ce dimanche est connue. On pourrait même se demander si elle n’inspire pas encore aujourd’hui, grand nombre de croyants? Est-ce pour ressembler au publicain qui se tient à distance, que tant de fidèles préfèrent s’installer dans les derniers bancs de l’église, au lieu de faire communion en se rapprochant du célébrant?
Mais voyons le positif. Pharisien et publicain montent au Temple pour prier. La démarche est belle, louable même car elle est très personnelle; ils donnent de leur temps en dehors des célébrations collectives, officielles. Cependant, des oppositions apparaissent entre leurs attitudes dans l’espace et dans leur relation à Dieu.
Le pharisien est debout, peut-être le torse un peu bombé, alors que le publicain se tient à distance, plutôt recroquevillé sur lui-même et se frappant la poitrine, les yeux fermés.
Le premier rend grâces, le deuxième demande à Dieu de prendre pitié.
Notre mentalité moderne se sent tout de suite en accord avec le premier, le pharisien, car le peu d’estime de soi manifesté par le publicain nous semble un peu morbide. Or, c’est lui que Jésus déclare justifié.
«Ces deux hommes n’avancent-ils pas de concert, comme deux parts d’un même personnage?»
Pour le comprendre, penchons-nous sur le contenu de leur prière. Celle du pharisien respire le contentement de soi et surtout, elle met en œuvre la comparaison avec le publicain et le reste des hommes. S’il veut être considéré par Dieu, il veut l’être comme le meilleur de tous. Il parle de ses qualités morales, de ses pratiques religieuses, de sa générosité. Dans sa prière, ses pratiques deviennent des proclamations de sa propre justice. En fait, il dirige sa prière vers lui-même, il parle à son miroir.
Le publicain, lui, ne se compare à personne. Il se place devant Dieu et reconnaît son état de pécheur. Il cherche à établir une relation de confiance avec Dieu et espère sa miséricorde. Il sait que la justice n’appartient qu’à Dieu, qui seul peut offrir le pardon.
Mais en fait, ces deux hommes n’avancent-ils pas de concert, comme deux parts d’un même personnage? Comme deux parts qui cohabitent également en nous?
Qui ne s’est jamais comparé aux autres, jamais justifié, s’appuyant sur sa bonne conduite, ses réussites, ses progrès? Qui n’a jamais connu des jours de souffrance, de découragement où le seul recours est de crier vers Dieu en reconnaissant notre responsabilité dans le mal qui nous atteint? Pharisien et publicain en nous, véritable combat incessant entre nos tendances contradictoires. Nous pouvons alors nous tourner vers Dieu et emprunter les paroles du Ps 85: Unifie mon cœur pour qu’il te craigne, car Dieu seul peut nous conduire sur un chemin de paix intérieure où nous nous accueillons, nous acceptant tel(le) que nous sommes en vérité.
L’essentiel n’est-il pas d’être sans cesse en chemin, prenant en compte les deux parts qui nous habitent et d’entrer de plus en plus dans une vraie prière, c’est-à-dire une prière qui soit relation à Dieu, rencontre et dialogue avec Celui qui nous aime et nous accueille toujours.
Sr Véronique | Vendredi 21 octobre 2022
LC 18, 9-14
En ce temps-là,
à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes
et qui méprisaient les autres,
Jésus dit la parabole que voici:
«Deux hommes montèrent au Temple pour prier.
L’un était pharisien,
et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).
Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même:
‘Mon Dieu, je te rends grâce
parce que je ne suis pas comme les autres hommes
– ils sont voleurs, injustes, adultères –,
ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine
et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’
Le publicain, lui, se tenait à distance
et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel;
mais il se frappait la poitrine, en disant:
‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis!’
Je vous le déclare:
quand ce dernier redescendit dans sa maison,
c’est lui qui était devenu un homme juste,
plutôt que l’autre.
Qui s’élève sera abaissé;
qui s’abaisse sera élevé.»