Le premier est italo-syrien. Il s’appelle Paolo Dall’Oglio. Le second est égyptien. C’est Henri Boulad. Tous deux sont membres de la Compagnie de Jésus. Pourtant, ce compagnonnage les a conduits sur des chemins différents. Paolo Dall’Oglio a fondé, il y a quelques années, une communauté chrétienne au sud de la Syrie. En juin 2012, on l’a prié de quitter le pays. Il n’a eu de cesse, depuis, d’alerter l’opinion mondiale sur le drame syrien. Il a clairement dénoncé la répression menée par le gouvernement syrien, appelant même à armer la résistance au maître de Damas. Depuis quelques semaines, le Père Paolo a disparu dans le nord de la Syrie. Est-il mort? A-t-il été pris en otage par une faction islamique? Les informations divergent. Mais ses amis, nombreux, sont inquiets.Henri Boulad, lui, est bien vivant. De passage en Suisse récemment, il a fustigé l’attitude des Occidentaux prompts à dénoncer la répression contre les Frères musulmans, mais plus silencieux pour défendre les chrétiens. Le Père Boulad a rugi contre les Frères, dénonçant leurs intrigues, leur goût du pouvoir, leur arrogance à l’égard des chrétiens. Il a déploré les églises brûlées, les rapts d’enfants, les mariages forcés de femmes chrétiennes.Deux jésuites, deux attitudes? Paolo Dall’Oglio a bâti son projet communautaire de Mar Moussa sur l’accueil de la religion du Prophète, sa connaissance plus approfondie, la tradition commune qui oriente vers Dieu les croyants musulmans et les disciples de Jésus. Henri Boulad, tout en respectant l’islam, prête à ses détracteurs une volonté d’envahir l’Occident. A la manière de leurs prédécesseurs, arrêtés à Poitiers en 732, les musulmans actuels auraient un plan pour convertir nos pays de gré ou de force.Deux jésuites, deux attitudes. Ouverture à l’islam d’un côté, rejet de l’autre. Le Père Dall’Oglio et le Père Boulad sont-ils irréconciliables? Leur passé n’est pas le même. Leurs expériences de vie diffèrent. Mais leurs pays respectifs vivent aujourd’hui des situations extrêmes. La Syrie est en pleine guerre civile, l’Egypte n’en est pas loin. Mais Dieu souffre là où crépite le bruit des armes. Le pays d’Assad comme celui du général Sissi connaissent aujourd’hui un chemin de croix. Celui de l’homme humilié.En bon compagnons, nos deux jésuites suivent pourtant le chemin de Jésus. Différemment. Complémentairement sans doute. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont présents, actifs, investis. La Compagnie de Jésus ne tolère pas la tiédeur. C’est ce que le pape François – autre jésuite engagé – ne cesse de rappeler. «Je suis venu allumer un feu sur la terre», disait Jésus.Bernard Litzler