L’Union européenne avait soutenu majoritairement la guerre des Etats-Unis en Irak et elle a fait tomber le régime du colonel Khadafi en Libye. Malgré les avertissements, elle n’a pas mesuré les conséquences dramatiques de la guerre civile en Syrie qui provoque 4 millions de réfugiés. Elle subit aujourd’hui les conséquences de ses errements politico-militaires à travers la venue d’un flot de réfugiés syriens, irakiens et érythréens à travers la Méditerranée et les Balkans. Au 1er trimestre 2015, elle a accepté plus de 55000 demandes d’asile dont plus de 26000 sont le fait de Syriens, presque 5000 le fait d’Irakiens et 4200 d’Erythréens.La Suisse n’est pas une île. Elle subit le contrecoup de cet afflux massif de réfugiés. Elle a enregistré plus de 7000 demandes d’asile au 2ème trimestre, soit 47% de plus qu’il y a un an.Comment se situer en tant que chrétien face à cet afflux sans précédent depuis la guerre en ex-Yougoslavie en 1992? Les enseignements du magistère depuis Paul VI n’ont jamais varié. En ce qui concerne les réfugiés, nous avons un devoir d’accueil. Cette position de l’Eglise n’a pas sa source dans une générosité naïve ou dans un angélisme qui ne tiendrait pas compte des leçons de l’histoire. Elle renvoie à deux principes essentiels à la vie chrétienne. Celui du respect inconditionnel de la dignité de toute personne et celui de la destination universelle des biens.La dignité humaine suppose que les personnes puissent vivre dans des conditions minimales de salubrité, de sécurité et de santé. Ce n’est pas le cas des réfugiés syriens qui vivent dans des camps au Liban, au Kurdistan ou en Turquie, quelle que soit l’aide apportée par les organisations internationales. Un récent sondage m'a frappé. Nos concitoyens y préféraient l’aide donnée aux réfugiés sur place plutôt que leur venue en Suisse. Cette affirmation prouve qu’ils n’ont pas mesuré la gravité de la situation qui prévaut dans les camps. Il y manque des infrastructures minimales en matière de santé, d’éducation et de nourriture. Et la situation empire avec l’hiver.La destination universelle des biens implique que toute personne, qui est privée de ses ressources vitales, a le droit d’aller les chercher ailleurs. «Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine» (article 2241 du catéchisme de l’Eglise catholique). Ainsi le devoir d’accueil n’est-il pas une matière à option. Il est partie intégrante des obligations morales des catholiques.Ce devoir d’accueil peut entrer en conflit avec la souveraineté des Etats. C’est la situation que l’on observe en Europe de l’Est où certains pays posent des barbelés à leurs frontières tandis que d’autres organisent le passage des réfugiés sur leur territoire pour s’en débarrasser au plus vite. Mais la souveraineté des Etats ne peut prévaloir sur le droit à la vie. Autant un Etat a le droit et le devoir de réguler l’immigration économique, autant il ne peut se donner le droit de vie ou de mort sur des innocents.Une personne l’a compris. La chancelière A. Merkel qui a exhorté les Européens à prendre conscience de la situation dramatique de ces réfugiés et a montré l’exemple en faisant en sorte que l’Allemagne accepte les demandes d’asile de plus de 18000 réfugiés au premier trimestre de cette année.