Le tyran est mort. Mouammar Kadhafi a été tué par balles ou lynché, selon les versions. Fin de parcours pour le leader de la «Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste» qui voulait, dans les années 1970 et 1980, exporter sa révolution à toute l’Afrique. Echec sur toute la ligne pour le «Guide vert». Echecs renouvelés d’un dictateur qui a fait trembler son peuple jusqu’au bout.
C’est dans le sang que s’achève ce régime honni. Les images télévisées ne laissent pas planer le doute: capturé, le colonel a subi la colère de soldats haineux à son égard. Le rouge est apparu sur son visage, frappé. Puis c’est un cadavre qui est apparu. Fin d’une aventure politique de quarante-deux ans. Fin d’une guerre de libération sanglante.
Entre le vert et le rouge, il existe pourtant une autre couleur: l’orange. C’est celle qui va clignoter désormais pour le Conseil national de transition, confronté à d’énormes défis. La charia doit-elle devenir la norme juridique de cet Etat qui aspire à la démocratie? Clignotant orange aussi pour les nouvelles règles constitutionnelles. Un roi a précédé Kadhafi. Quel régime va succéder à l’autoritarisme d’un seul clan? L’Afrique ne connaît que trop les démocraties de façade. Les «printemps arabes», aux colorations différentes, font espérer d’autres architectures que celle du parti unique ou du chef indéboulonnable.
Orange est aussi la couleur des flammes des champs pétroliers. Car si l’intervention des forces étrangères, Anglais et Français en tête, a permis de renverser Kadhafi, elle pose par ailleurs la question du retour sur investissement. La Libye est un pays riche où vont se presser les hommes d’affaires de tous bords. Forte devra être la détermination des nouveaux dirigeants pour ne pas dilapider les biens du pays. L’orange est allumé pour la Libye… Car aussi bien le vert «kadhafien» que le rouge guerrier avec son lot de victimes ne lui ont pas convenu. Une nouvelle étape s’ouvre. Que l’orange fleurisse et répande ses parfums. Vœux pour un peuple meurtri.Bernard Litzler