Il semble qu’il y a bousculade à la porte du Royaume. Au point qu’il faut de la persévérance et de la détermination pour la passer. L’anonyme qui demande à Jésus combien seront sauvés s’imagine peut-être que la vie avec Dieu est automatique et que quelques-uns parmi les meilleurs seraient sélectionnés pour en bénéficier. En réponse, Jésus parle d’un effort, autrement dit: il faut le vouloir et s’en donner les moyens.
Depuis le début de sa mission parmi nous Jésus nous offre un chemin pour le suivre et il nous révèle que tous, nous y sommes appelés. Il n’y pas de différence de qualité entre les anonymes et les célébrités: nous sommes égaux devant Dieu. La porte étroite de l’évangile, si elle donne d’entrer dans le Royaume de l’amour, elle permet aussi de nous ouvrir à l’universel. Jésus vient réaliser la promesse présentée par le prophète Isaïe. Le Seigneur vient rassembler toutes les nations et toutes verront sa gloire si elles viennent à lui. La porte est ouverte et l’accès est libre.
En d’autres lieux de l’évangile Jésus se présente lui-même comme la porte du Royaume. C’est par lui et avec lui que nous sommes appelés à passer, comme lui, dans le monde de l’amour. Mais alors, en quoi cette porte est-elle étroite?
"Aimer, nous montre Jésus par ses actes, c’est se faire le serviteur de l’autre."
Rien à voir avec la porte triomphale par laquelle les grands de ce monde font leur entrée solennelle. C’est plutôt la porte de service: elle ne s’impose pas, mais ceux qui y sont disposés savent par où passer. Jésus lui-même nous a ouvert la voie, lui qui n’est pas entré en ce monde par les fastes de Jérusalem mais plutôt par la nuit des petits. Ce qui est vrai ne fait pas de bruit.
A ceux qui pensent que leur naissance, leur élection ou leur excellence leur garantit une place bien en vue, Jésus vient dire que ce n’est pas cela qu’il connaît. Ceux qu’il connaît sont ceux qui, comme lui, marchent sur le chemin des Béatitudes: ceux qui faim seront rassasiés. Boire et manger en sa présence n’est pas un privilège du passé mais bien une invitation permanente. Elle ne se mérite pas, elle se reçoit.
Le chemin ouvert par Jésus passe par l’amour et le service. Nous connaissons la joie d’un amour vrai, mais nous en savons également les exigences. Aimer, nous montre Jésus par ses actes, c’est se faire le serviteur de l’autre. Nous sommes donnés les uns aux autres pour prendre soin les uns des autres. Aimer l’autre tel qu’il est c’est comprendre ses différences et être attentif à ses besoins, les plus immédiats comme les plus fondamentaux.
«Ce temps-là» de l’évangile de ce dimanche, c’est notre temps. Il est temps en effet d’aimer plutôt que de concurrencer, de servir les autres plutôt que se servir d’eux, d’accueillir plutôt que de se méfier… A notre temps trop souvent blessé par les nationalismes et les communautarismes de tous genre, Jésus, serviteur de tous les humains, vient ouvrir une porte sur les nations. Par son humble service il prend place dans le cortège des prophètes du Royaume et il ouvre à tous la perspective de l’amour du Père à vivre entre nous.
Philippe Matthey | Vendredi 19 août 2022
Luc 13, 22-30
En ce temps-là,
tandis qu’il faisait route vers Jérusalem,
Jésus traversait villes et villages en enseignant.
Quelqu’un lui demanda :
« Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »
Jésus leur dit :
« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite,
car, je vous le déclare,
beaucoup chercheront à entrer
et n’y parviendront pas.
Lorsque le maître de maison se sera levé
pour fermer la porte,
si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte,
en disant :
‘Seigneur, ouvre-nous’,
il vous répondra :
‘Je ne sais pas d’où vous êtes.’
Alors vous vous mettrez à dire :
‘Nous avons mangé et bu en ta présence,
et tu as enseigné sur nos places.’
Il vous répondra :
‘Je ne sais pas d’où vous êtes.
Éloignez-vous de moi,
vous tous qui commettez l’injustice.’
Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents,
quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob,
et tous les prophètes
dans le royaume de Dieu,
et que vous-mêmes, vous serez jetés dehors.
Alors on viendra de l’orient et de l’occident,
du nord et du midi,
prendre place au festin dans le royaume de Dieu.
Oui, il y a des derniers qui seront premiers,
et des premiers qui seront derniers. »