Il fait encore nuit et les disciples sont retournés à leur activité quotidienne. Ils y affrontent l’échec: leur pêche n’a rien donné et leur Seigneur n’est plus là. L’essentiel de leur vie est atteint: pêcheurs ils n’ont plus rien dans leurs filets et disciples ils n’ont plus personne à suivre.
Et voilà qu’au lever du jour un inconnu leur demande à manger. On a donc encore besoin d’eux… et eux se risquent à nouveau dans la confiance: une parole les remet en mouvement et ce qu’elle produit est tel qu’ils y reconnaissent le ressuscité.
De la nuit au jour, les disciples font eux même l’expérience de la résurrection. La parole de Jésus vient réveiller en eux l’amour enfoui dans leur doute. Ils deviennent vraiment pêcheurs dans l’abondance et ils deviennent disciples dans l’amour. C’est le disciple que Jésus aimait qui le reconnaît : seul l’amour peut reconnaître l’amour. Cette expression qui ne désigne personne en particulier établit un lien fondamental entre être aimé et être disciple.
Le récit de ce jour est à lire à la lumière de Pâques et, dans l’évangile de Jean, il est à recevoir comme un concentré de la vie et de la mission chrétienne. Ressuscité, Jésus ressuscite en ces hommes l’appel qu’il leur avait adressé au début de leur vie commune et réveille en eux la mission qu’il leur avait confiée. Cette mission, symbolisée par la pêche, consiste à rassembler tous les hommes dans la générosité de son amour.
"En demandant quelque chose à manger à ceux qu’il nomme familièrement ses enfants, Jésus exprime sa faim de communion."
Pierre, qui au nom de tous les disciples avait été désigné pêcheur d’hommes, accepte le dialogue de vérité avec Jésus Ressuscité. Par trois fois il saisit l’occasion qui lui est donnée d’exprimer son amour à celui qu’il avait renié. Comme au bord du lac, où il donne une nouvelle chance aux pêcheurs, Jésus vient à la rencontre de la faiblesse humaine pour donner une nouvelle chance au disciple. Et lorsque l’amour est dit, Jésus lui confie son troupeau. De pêcheur, Pierre devient berger…
Dans toute l’histoire biblique le berger est la figure de Dieu lui-même. Du reste, pour définir sa mission, Jésus se présentera comme le bon berger. En faisant de Pierre le berger de ses brebis Jésus l’associe non seulement à ce qu’il fait mais aussi à ce qu’il est. Le disciple est donc identifié à Dieu au point d’en porter le nom. Rassembler des poissons dans des filets est une activité humaine, rassembler les hommes comme des brebis est une activité divine. Désormais ces deux activités sont réunies : le disciple est devenu le visage humain de Dieu.
Enfin, rappelons-nous la parole qui a provoqué cette vie nouvelle : en demandant quelque chose à manger à ceux qu’il nomme familièrement ses enfants, Jésus exprime sa faim de communion. Il est remarquable que Jésus demande à ses disciples les gros poissons de leur pêche alors qu’il avait préparé le feu pour griller des petits poissons.
C’est autour de repas que se manifeste le plus souvent la communion entre Dieu et les humains. Chacun y apporte sa contribution pour que l’humanité soit nourrie du don de Dieu. En grillant ses petits poissons, Jésus nous précède, mais en même temps, en prenant ceux que lui donnent les disciples, il vient chercher notre collaboration.
Philippe Matthey | Vendredi 29 avril 2022
Jn 21, 1-19
En ce temps-là,
Jésus se manifesta encore aux disciples
sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment.
Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre,
avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau),
Nathanaël, de Cana de Galilée,
les fils de Zébédée,
et deux autres de ses disciples.
Simon-Pierre leur dit :
« Je m’en vais à la pêche. »
Ils lui répondent :
« Nous aussi, nous allons avec toi. »
Ils partirent et montèrent dans la barque ;
or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage,
mais les disciples ne savaient pas que c’était lui.
Jésus leur dit :
« Les enfants,
auriez-vous quelque chose à manger ? »
Ils lui répondirent :
« Non. »
Il leur dit :
« Jetez le filet à droite de la barque,
et vous trouverez. »
Ils jetèrent donc le filet,
et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer,
tellement il y avait de poissons.
Alors, le disciple que Jésus aimait
dit à Pierre :
« C’est le Seigneur ! »
Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur,
il passa un vêtement,
car il n’avait rien sur lui,
et il se jeta à l’eau.
Les autres disciples arrivèrent en barque,
traînant le filet plein de poissons ;
la terre n’était qu’à une centaine de mètres.
Une fois descendus à terre,
ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise
avec du poisson posé dessus,
et du pain.
Jésus leur dit :
« Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. »
Simon-Pierre remonta
et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons :
il y en avait cent cinquante-trois.
Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré.
Jésus leur dit alors :
« Venez manger. »
Aucun des disciples n’osait lui demander :
« Qui es-tu ? »
Ils savaient que c’était le Seigneur.
Jésus s’approche ;
il prend le pain
et le leur donne ;
et de même pour le poisson.
C’était la troisième fois
que Jésus ressuscité d’entre les morts
se manifestait à ses disciples.
Quand ils eurent mangé,
Jésus dit à Simon-Pierre :
« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment,
plus que ceux-ci ? »
Il lui répond :
« Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »
Jésus lui dit :
« Sois le berger de mes agneaux. »
Il lui dit une deuxième fois :
« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment? »
Il lui répond :
« Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »
Jésus lui dit :
« Sois le pasteur de mes brebis. »
Il lui dit, pour la troisième fois :
« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? »
Pierre fut peiné
parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait :
« M’aimes-tu ? »
Il lui répond :
« Seigneur, toi, tu sais tout :
tu sais bien que je t’aime. »
Jésus lui dit :
« Sois le berger de mes brebis.
Amen, amen, je te le dis :
quand tu étais jeune,
tu mettais ta ceinture toi-même
pour aller là où tu voulais ;
quand tu seras vieux,
tu étendras les mains,
et c’est un autre qui te mettra ta ceinture,
pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »
Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort
Pierre rendrait gloire à Dieu.
Sur ces mots, il lui dit :
« Suis-moi. »