Dix hommes atteints de la lèpre ou de tout autre maladie de peau
interpellent Jésus à distance. Au lieu de crier “Impur“ (Lv 13, 45-46), selon l’usage, pour que l’on
s’écarte d’eux, ils crient: “Jésus“. Bannis de la société qui leur impose une
distance car ils sont impurs, contagieux et laids, ils n’ont que leur voix pour
accéder à Jésus.
Les lépreux implorent son secours: ils doivent être purifiés pour être
réintégrés dans une vie sociale normale. Jésus ne les touche pas. Il leur donne
un ordre renvoyant à leur coutume (Lv 13 – 14). Qu’ils aillent se montrer aux
prêtres, non pas pour se faire guérir mais pour que les prêtres constatent qu’ils
sont effectivement guéris.
La guérison ne sera avérée que si les prêtres l’ont reconnue. Ordre à
double portée: d’une part, la purification sera attestée, d’autre part, les
prêtres qui ne croient pas en Jésus seront mis devant le fait accompli.
Or, avant même de rencontrer les prêtres, ils furent purifiés. Le récit
se focalise alors sur un individu. L’un des dix, en effet, revient vers Jésus. Il
a compris que ce ne sont pas les prêtres qui le remettent dans le circuit
social, mais Jésus. Alors que
tous avaient élevé la voix pour se faire entendre, le dixième homme glorifie maintenant
Dieu avec une “grande voix“, une pleine voix désormais libre et libérée.
Retourner en arrière peut paraître le contraire de ce que Jésus demande.
Ce retour sur ses pas est en fait un retour au centre. L’homme “tombe sur la
face“ aux pieds de Jésus. Allusion au fait que, même rongé par la lèpre, il est
désormais “sujet“ de sa vie et sa face a retrouvé une dignité.
Acceptons-nous de recevoir de Jésus notre dignité d’être humain, libre et debout, capable d’un avenir?
A ce geste d’adoration, il joint l’action de grâces. Or, l’homme est un Samaritain,
un étranger honni par les Juifs. Les Samaritains, partie du peuple d’Israël ayant
connu une évolution indépendante, croient certes au même Dieu que les Juifs, mais
ils ne se réfèrent qu’aux livres du Pentateuque et attendent un Messie qui
descend non de David mais de Moïse (Dt 18, 15-18).
Jésus, touché par cet étranger qui ne devrait pas établir de relations
avec lui, s’interroge sur les neuf autres qui ont été eux aussi purifiés. Il ne
s’offusque pas qu’on ne lui dise pas merci. Il s’étonne que l’on se coupe de la
vie qu’il donne, à savoir la guérison et la réinsertion dans la société.
Les neuf autres n’ont pas reconnu l’œuvre de Dieu accomplie par et en
Jésus. Ils gardent leur guérison jalousement comme un dû, maintenant en quelque
sorte la barrière qui les tient à l’écart des autres. Seul l’étranger a compris
que Jésus instaurait avec lui, par-delà toute barrière, une relation de gratuité
et lui ouvrait un avenir. Avec Jésus, les lois mosaïques sont dépassées et les
barrières abolies.
Et nous? Quelles relations avons-nous avec Jésus? Sommes-nous dans la
position de ceux qui réclament leur dû? Acceptons-nous de recevoir de Jésus
notre dignité d’être humain, libre et debout, capable d’un avenir?
Chantal Reynier le 12 octobre
2019
Lc 17, 11-19
En ce temps-là,
Jésus, marchant vers Jérusalem,
traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.
Comme il entrait dans un village,
dix lépreux vinrent à sa rencontre.
Ils s’arrêtèrent à distance
et lui crièrent :
« Jésus, maître,
prends pitié de nous. »
À cette vue, Jésus leur dit :
« Allez vous montrer aux prêtres. »
En cours de route, ils furent purifiés.
L’un d’eux, voyant qu’il était guéri,
revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.
Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus
en lui rendant grâce.
Or, c’était un Samaritain.
Alors Jésus prit la parole en disant :
« Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ?
Les neuf autres, où sont-ils ?
Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger
pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »
Jésus lui dit :
« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »