Jn 15, 1-8 | Guy MusyLéon Bloy, à l’humour grinçant, avertissait les catholiques bien pensants de son temps qu’il leur faudrait nécessairement subir un jour - pour se réveiller - soit les assauts des Cosaques, soit les foudres du Saint Esprit. A eux de choisir! Tout bien considéré, mieux vaut se faire secouer par ses parents que par des ennemis. Même si ces derniers sont à la solde des premiers. Laissons donc agir le Saint Esprit.C’est ce que Jésus conseille au cercle rapproché des amis qu’il garde sous ses ailles, comme une poule le fait de ses poussins. Ne vous offusquez pas. Cette métaphore de basse-cour est rigoureusement biblique, même si nous préférons l’image vigneronne, plus bucolique, pour exprimer la même intimité. Une même sève de vie unit le cep - qui est le Christ - aux sarments que nous sommes, vous et moi.Mais voilà, il faut que le sarment porte un jour de belles grappes juteuses. Pour atteindre ce résultat, Il ne suffit pas qu’il se prélasse au soleil. Sa production passe par une étape douloureuse. Le vigneron doit tailler sa vigne, choisir les meilleures pousses et éliminer les gourmands stériles et parasites. Cette tâche, selon Jésus, est confiée à son Père, le propriétaire de la vigne. C’est lui qui manie le sécateur.Attention! Ne mettons pas sur le compte de Dieu toutes les épreuves qui peuvent frapper la vigne. Ce n’est pas lui qui l’arrose de grêle ou lui envoie le mildiou. Ceci est l’affaire des Cosaques, aurait dit Léon Bloy. Du djihad, dirait-on à notre époque. Quant à Dieu, il s’attaque simplement aux gourmands de la vigne qui épuisent le sol nourricier en pure perte. Et si j’en crois ma propre expérience, le travail ne lui manque pas.Le gourmand s’emploie à détourner la richesse de la sève à son petit profit, superficiel et vaniteux. Faire étalage de son ego mesquin plutôt que se soucier de nourrir les affamés et les assoiffés qui nous entourent. Ne me dites pas que cette tentation ne concerne pas l’Eglise de ce temps. Elle nous atteint tous et toutes de plein fouet. Nous qui misons davantage sur l’apparence et l’esbroufe que sur la vérité et la cohérence de nos vies.Alors, laissons-nous «purifier» - c’est le terme exact - ou «tailler» et même «corriger» par ce Père, à la fois aimant et exigeant, qui veut que nous portions de bons et beaux fruits. Si les gourmands envahissent sa vigne jusqu’à la rendre stérile, il n’aura plus qu’à l’arracher ou l’abandonner aux Cosaques.Pour fructifier, le grain doit apprendre à mourir à lui-même. C’est ce même quatrième évangile qui nous le dit.