Il exagère!... On peut s’étonner d’entendre Jésus dresser un tableau si sombre pour annoncer sa venue. Au lieu de dire que tout va bien, il parle de destruction, de violence, de désordre cosmique et même de persécution. Serait-il si pessimiste? Ou plutôt réaliste car il constate notre présent: nous sommes les spectateurs souvent effarés, et parfois même les acteurs, de l’actualité difficile d’un monde troublé. C’est précisément ce monde que, par le Fils de l’homme, Dieu vient habiter, c’est ce monde qu’il vient aimer et pour lequel il vient annoncer le salut.
Dans cet évangile Jésus ne prédit pas l’avenir, il prêche une parole pour le présent: «ne soyez pas effrayés!». Entre prédiction et prédication, le petit «a» fait toute la différence. Entre la peur et l’espérance, l’amour de Dieu fait la différence. Pour cela, il convient de quitter toute illusion de grandeur. Le temple que certains disciples contemplent avec satisfaction est le symbole d’une sécurité faite de mains d’hommes pour abriter Dieu. Or nous dit Jésus, ce n’est pas ainsi que Dieu habite parmi nous, mais c’est en parcourant librement avec nous les chemins d’humanité. Il vient détruire toute forme d’enfermement et d’idolâtrie pour nous ouvrir le Royaume.
Dans l’évangile de Jean, il faudra que le temple de son corps soit détruit pour que trois jours plus tard sa résurrection rende Jésus présent pour ceux qu’il aime. Il faut que le monde ancien laisse place au monde nouveau qui jaillit du tombeau vide!
"[Jésus] n’est pas venu supprimer le mal, il est venu le remplir de sa présence et le transfigurer par le don de sa vie."
C’est dans cet esprit que la parole de Jésus est une bonne nouvelle: il vient nous aider à traverser les épreuves de notre présent. En les décrivant si brutalement il vient nous dire que «Quoi qu’il arrive... Ne vous effrayez pas...» Et il nous fait cette promesse touchante de tendresse pour nous révéler à quel point Dieu prend soin de nous: «Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu!» Dieu a toujours accordé une attention particulière à la petitesse. Et par Jésus il est venu nous apprendre à veiller sur «ces petits qui sont ses frères».
La bonne nouvelle, c’est la présence attentive de Dieu dans un monde mouvementé. Jésus vient solliciter notre attention pour que nous discernions sa sollicitude, même dans les plus petites choses et les plus petits gestes de fraternité. Il nous appelle à veiller, autrement dit à guetter sa venue au cœur de notre quotidien: il n’est pas venu supprimer le mal, il est venu le remplir de sa présence et le transfigurer par le don de sa vie. Avec lui rien n’est définitivement mort et perdu: sa croix et sa résurrection en sont le signe le plus définitif.
Alors, à la suite de saint Paul nous pouvons affirmer avec foi «J’en ai la certitude: ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.» (Romains 8,38-39).
Philippe Matthey | 11 novembre 2022
Lc 21, 5-19
En ce temps-là,
comme certains disciples de Jésus parlaient du Temple,
des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient,
Jésus leur déclara :
« Ce que vous contemplez,
des jours viendront
où il n’en restera pas pierre sur pierre :
tout sera détruit. »
Ils lui demandèrent :
« Maître, quand cela arrivera-t-il ?
Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? »
Jésus répondit :
« Prenez garde de ne pas vous laisser égarer,
car beaucoup viendront sous mon nom,
et diront : ‘C’est moi’,
ou encore : ‘Le moment est tout proche.’
Ne marchez pas derrière eux !
Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres,
ne soyez pas terrifiés :
il faut que cela arrive d’abord,
mais ce ne sera pas aussitôt la fin. »
Alors Jésus ajouta :
« On se dressera nation contre nation,
royaume contre royaume.
Il y aura de grands tremblements de terre
et, en divers lieux, des famines et des épidémies ;
des phénomènes effrayants surviendront,
et de grands signes venus du ciel.
Mais avant tout cela,
on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ;
on vous livrera aux synagogues et aux prisons,
on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs,
à cause de mon nom.
Cela vous amènera à rendre témoignage.
Mettez-vous donc dans l’esprit
que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense.
C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse
à laquelle tous vos adversaires ne pourront
ni résister ni s’opposer.
Vous serez livrés même par vos parents,
vos frères, votre famille et vos amis,
et ils feront mettre à mort certains d’entre vous.
Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom.
Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.
C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »