Il nous arrive parfois dans l’enthousiasme de faire des promesses qu’ensuite nous avons du mal à tenir. La passion peut nous conduire en effet à prendre des engagements qui nous dépassent. Il y a de cela chez ce disciple anonyme qui déclare avec fougue son désir d’aller avec Jésus. Ce peut être nous lorsque nous ne mesurons pas ce qu’implique notre foi et qui pourtant percevons que le compagnonnage avec Jésus nous conduit plus loin.
Cependant, la destination est inconnue: ce «où» n’est pas localisé, il n’a pas de nom car Jésus ne va pas dans un lieu déterminé. Il est en chemin… Et nous savons que dans tout l’évangile Jésus est en mouvement permanent: c’est le sens de sa mission.
Où va-t-il? En écoutant l’évangile de ce jour on peut trouver des indices qui nous mettent sur la voie. Au ciel, puisque c’est le temps où Jésus va être élevé. A Jérusalem puisque c’est le lieu de l’accomplissement vers lequel il se dirige avec détermination. En aucun endroit puisqu’il n’a pas de quoi reposer sa tête. Vers le Royaume de Dieu puisque c’est pour lui qu’il est fait…
Chacun de ces lieux nous dit quelque chose de ce pourquoi Jésus est en route, lui qui «a fait un si long déplacement d’auprès du Père pour venir planter sa tente parmi nous… et faire retour au Père!» – Prière du pèlerin de la montagne. Ils sont autant d’étapes que Jésus accepte de traverser pour passer de ce monde à son Père comme nous le dit l’évangile de Jean.
"Chacun est responsable de son propre choix et c’est perdre son énergie que de se dresser contre ceux qui en font un différent."
La réponse énigmatique de Jésus nous conduit dans cet élan. Si les oiseaux ont un nid, les renards des terriers, et l’on pourrait ajouter les religieux un temple, le Fils de l’homme n’a pas d’endroit ou reposer sa tête. Non pas qu’il soit un pauvre SDF mais parce qu’il est chez lui et avec nous partout et nulle part. Pas question de s’arrêter par confort ou par satisfaction. Pour lui ce serait stopper son élan au service de toute l’humanité. Nul ne peut mettre la main sur Dieu et se l’approprier : la terre entière est le terrain de sa mission pour qu’il l’entraîne vers le ciel. Tout l’homme et tous les hommes (ce que signifie le titre de fils de l’homme) sont entraînés à sa suite vers Dieu pour en vivre la totalité de l’amour et la totalité de sa liberté.
Jésus, au contraire de l’homme, sait très bien où il va et il tient sa promesse. Par l’amour il est prêt à en assumer l’engagement. Il durcit sa face pour prendre la route de Jérusalem comme vers l’accomplissement de sa mission. Autrement dit, il fait face avec courage en ne se détournant pas de la direction de sa marche. S’il a besoin d’être affermi, c’est que des épreuves sont à attendre sur la route choisie. Car c’est bien d’un choix qu’il s’agit et Jésus le fait en toute connaissance de cause.
Le chemin du ciel passe par Jérusalem, la voie de la vie ressuscitée passe par la croix. Par sa réponse, Jésus appelle l’homme à faire ce même choix. Pour cela il donne avec vigueur deux orientations nécessaires. Ne pas céder à la colère et ne pas se retourner. Chacun est responsable de son propre choix et c’est perdre son énergie que de se dresser contre ceux qui en font un différent. Mais une fois que le choix est fait il faut aller de l’avant et ne pas risquer l’immobilité du regret et de la nostalgie. C’est à cette totale liberté, celle de l’amour inconditionnel, que Jésus appelle l’homme de l’évangile. Et si c’était nous?
Philippe Matthey | Vendredi 24 juin 2022
Lc 9, 51-62
Comme s’accomplissait le temps
où il allait être enlevé au ciel,
Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem.
Il envoya, en avant de lui, des messagers ;
ceux-ci se mirent en route
et entrèrent dans un village de Samaritains
pour préparer sa venue.
Mais on refusa de le recevoir,
parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.
Voyant cela,
les disciples Jacques et Jean dirent :
« Seigneur, veux-tu que nous ordonnions
qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? »
Mais Jésus, se retournant, les réprimanda.
Puis ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus :
« Je te suivrai partout où tu iras. »
Jésus lui déclara :
« Les renards ont des terriers,
les oiseaux du ciel ont des nids ;
mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre :
« Suis-moi. »
L’homme répondit :
« Seigneur, permets-moi d’aller d’abord
enterrer mon père. »
Mais Jésus répliqua :
« Laisse les morts enterrer leurs morts.
Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit :
« Je te suivrai, Seigneur ;
mais laisse-moi d’abord faire mes adieux
aux gens de ma maison. »
Jésus lui répondit :
« Quiconque met la main à la charrue,
puis regarde en arrière,
n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »