“Détournement de fonds à des fins personnelles: le gérant indélicat a été épinglé“: ces lignes pourraient figurer à la une de votre quotidien du matin. Mais franchement, on ne s’attendrait pas à entendre proclamer un tel fait divers à la messe du dimanche assorti d’un éloge par Jésus ! Féliciter une canaille?
J’ai sous les yeux la réaction
d’un marchand allemand protestant, dans les années 1900. De retour du culte, il
écrit à son pasteur pour lui faire part de son indignation: “cette parabole,
cet éloge d’un filou sans scrupule, n’est pas seulement quelque peu offensante,
mais même très offensante pour tout homme pieux“.
Il proposait donc, ni plus ni
moins, de tracer de la bible cette histoire qui n’a rien à voir – pensait-il –
avec l’évangile du Christ. “Elle n’a pas la moindre valeur pour le cœur et
pourrait être très inquiétante dans ses conséquences pour la vie!“.
Du calme! Jésus reconnaît que ce
gérant qu’il qualifie de “malhonnête“ a été indélicat dans la gestion des biens
de son maître. Il le désigne comme un homme paresseux qui ne veut ni travailler
ni mendier… Ce n’est évidemment pas cela que Jésus donne en exemple! Il ne loue
qu’une chose dans cette histoire: l’habileté de cet homme qui, dans une
situation de crise, a su prendre la bonne décision pour assurer son avenir.
“Vous n’emporterez rien de ce monde dans l’autre, ou plutôt si: tout ce que vous aurez donné.“
Congédié, il a su se faire des
amis avec “l’argent malhonnête“, littéralement avec le “Mamon injuste“.
L’argent est désigné comme une puissance à laquelle colle de l’injustice, soit
dans son acquisition soit dans son usage. En conséquence, on pourrait inscrire
sur nos billets de banque: “Attention! Manipulation délicate“. Les fils de ce
monde sont parfois plus avisés que les fils de la lumière, note Jésus.
Le scandale s’atténue quand on
sait qu’à l’époque on pratiquait le système de l’affermage: le gérant devait
une somme fixe au propriétaire, libre à lui de percevoir davantage pour son
traitement. C’est probablement sur ses marges que ce gérant puisait en
diminuant la dette des créanciers envers son maître.
Et Jésus de souhaiter que le
chrétien apprenne non pas à servir l’argent mais à s’en servir pour la bonne
cause: le partage. Ce qui peut paraître étrange à un pieux chrétien devient
ultime et noble sagesse pour Jésus.
Vous n’emporterez rien de ce
monde dans l’autre, ou plutôt si: tout ce que vous aurez donné. Ne tardez pas à
prendre les bonnes décisions quant aux biens terrestres, cela aura des
conséquences dans votre héritage des biens célestes. Eh oui, cet évangile
étonne et dérange, comme souvent l’enseignement de Jésus!
Jean-Michel Poffet | Vendredi 20
septembre 2019
Lc 16, 1-13
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Un homme riche avait un gérant
qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens.
Il le convoqua et lui dit :
“Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ?
Rends-moi les comptes de ta gestion,
car tu ne peux plus être mon gérant.“
Le gérant se dit en lui-même :
“Que vais-je faire,
puisque mon maître me retire la gestion ?
Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force.
Mendier ? J’aurais honte.
Je sais ce que je vais faire,
pour qu’une fois renvoyé de ma gérance,
des gens m’accueillent chez eux.“
Il fit alors venir, un par un,
ceux qui avaient des dettes envers son maître.
Il demanda au premier :
“Combien dois-tu à mon maître ?“
Il répondit :
“Cent barils d’huile.“
Le gérant lui dit :
“Voici ton reçu ;
vite, assieds-toi et écris cinquante.“
Puis il demanda à un autre :
“Et toi, combien dois-tu ?“
Il répondit :
“Cent sacs de blé.“
Le gérant lui dit :
“Voici ton reçu, écris 80“.
Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête
car il avait agi avec habileté ;
en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux
que les fils de la lumière.
Eh bien moi, je vous le dis :
Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête,
afin que, le jour où il ne sera plus là,
ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose
est digne de confiance aussi dans une grande.
Celui qui est malhonnête dans la moindre chose
est malhonnête aussi dans une grande.
Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour
l’argent malhonnête,
qui vous confiera le bien véritable ?
Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes
de confiance,
ce qui vous revient, qui vous le donnera ?
Aucun domestique ne peut servir deux maîtres :
ou bien il haïra l’un et aimera l’autre,
ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »