A lire superficiellement les media superficiels, il semblerait que l’aura de notre pape déclenche un ralliement inespéré vers l’Eglise de Rome. Et nous, de nous en réjouir, pour nous consoler de tant de défections. Joie toute éphémère cependant, puisque de graves statisticiens saint-gallois nous persuadent du contraire. Les chrétiens de Suisse, qu’ils soient catholiques ou protestants, ne cessent de déserter leur Eglise pour rejoindre la masse, bientôt majoritaire, des «sans religion». Et de citer, chiffres à l’appui, les cantons qui souffrent le plus de cette hémorragie.Nos Herrn Doktoren ne m’en voudront pas trop si j’ajoute quelques bémols à leur analyse. Tout d’abord, que comptabilisent-ils? Les sorties d’Eglise, bien évidemment. Et encore celles qui sont dûment officialisées, là où le payement de l’impôt de culte est la condition d’appartenance à l’Eglise locale, appelée bizarrement «corporation ecclésiastique». Mais qui oserait prétendre que cette dîme, payée en espèces sonnantes et trébuchantes, puisse signifier un quelconque degré de foi ou de non foi en Jésus-Christ?Nos statisticiens ont sans doute raison quand ils affirment que le recul numérique des chrétiens en Occident tient au fait que la majorité des enfants nés sous nos tropiques ne soient plus baptisés et donc grandissent à l’écart d’un biotope chrétien. Les causes en sont multiples: afflux de populations immigrées, étrangères au christianisme, éclatement de nos structures sociales traditionnelle (famille, mariage, école, etc.) qui pendant des siècles ont servi de canaux et d’appuis au catholicisme ambiant. Que va-t-il nous rester, si ce n’est de petits groupes de croyants convaincus, perdus dans une masse indifférenciée, comme des îlots dans un océan? Ou mieux, comme des oasis, où pourront venir se désaltérer ceux qui ont soif d’amour et de vérité. Je pense que la Maison Sainte-Marthe où loge désormais l’évêque de Rome est une oasis de ce genre. La foi peut refleurir partout. Même sur les brûlis du Vatican.Nous revivons aujourd’hui, me semble-t-il, une période d’histoire d’Eglise très proche de celle qui a suivi l’invasion des «Barbares» en Occident. Seuls avaient subsisté quelques monastères, deux ou trois pieux évêques, et surtout, ci et là, des poignées de saints et saintes charitables. Ces braises qui couvaient sous la cendre ont suffi pour enflammer une nouvelle chrétienté.J’entendais ces jours derniers cette réflexion qui vient conforter mes propos: «Les chrétiens sont désormais la seule Bible que peuvent lire les non croyants!» Prenons-en acte!
Guy Musy