L’actualité a été pléthorique ces deux dernières semaines: attentats de Paris, COP 21, voyage du pape François en en Afrique. Mais j’ai choisi de traiter un sujet plus discret qui sera d’une grande portée pour les vingt-cinq prochaines années: la reconnaissance de la Chine en tant que grande puissance par le Fonds Monétaire International. Celui-ci a en effet accepté d’inclure la monnaie chinoise (le renminbi ou yuan) dans le panier de devises (DTS) qui sert d’actif de réserve international à l’institution. A partir du premier octobre 2016, les pays membres du Fonds pourront échanger leurs DTS contre cinq monnaies: le dollar, l’euro, la livre sterling, le yen et le remimbi.Avant d’examiner les conséquences de cette décision, mesurons le chemin parcouru par l’économie chinoise en 35 ans. Après la Révolution culturelle des années 70, la Chine sous l’impulsion de Deng Xiaoping décide de changer les structures de son économie à partir de 1978. Le régime communiste avait permis que la population soit alphabétisée et en bonne santé grâce à un système sanitaire présent dans les campagnes. Il restait à privatiser l’agriculture chinoise pour augmenter fortement la productivité du travail et dégager ainsi une main d’œuvre pour une nouvelle industrie. Ce fut fait dès le début des années 80 grâce à l’extension de baux à long terme (30 ans) sur les terres et à la forte augmentation des prix des produits agricoles. Grâce à ces réformes, la Chine fut autosuffisante en matière de production alimentaire sur toute la période 1980-2010.Les réformes suivantes concernèrent l’industrie avec la libéralisation complète des PME et l’instauration de zones économiques spéciales tournées vers les seules exportations. Un pays en développement a besoin de devises pour financer ses investissements. Ne voulant pas s’endetter, le gouvernement chinois a trouvé ses devises dans les exportations industrielles.Enfin la troisième étape des réformes a concerné la fiscalité et les banques. Le gouvernement central a fortement réduit ses dépenses ce qui a permis de réduire les impôts. Il a construit un système bancaire à deux niveaux, une banque centrale et des banques commerciales à l’abri des mouvements de capitaux internationaux. Les banques ont dû massivement prêter aux entreprises et, grâce à une bonne régulation du système, ont pu accompagner la forte croissance de l’économie chinoise. Cette dernière étape a été parachevée par l’admission à l’OMC en 2001.Aucune fausse note économique dans ces réformes qui ont permis à des dizaines de millions de personnes de sortir de la grande pauvreté, comme si les dirigeants chinois avaient appris les enseignements de l’économie du développement et avaient évité les erreurs à ne pas commettre: sacrifice de l’agriculture, endettement extérieur excessif, déséquilibres budgétaires, négligence de l’emploi… Mais les dégâts en matière environnementale sont considérables.Quelles seront maintenant les conséquences de la décision du FMI? Dans l’immédiat elle va conduire à une plus large utilisation de la monnaie chinoise. Le système bancaire chinois ne va pas s’ouvrir immédiatement aux capitaux étrangers pour des raisons de souveraineté. A terme cette décision va conforter la position de la Chine dans les négociations économiques internationales. Les grands pays devront en tenir compte, la Chine étant désormais un partenaire incontournable. Les manœuvres dilatoires de certains pour nier cet état de fait, comme celles du Congrès américain seront vaines.Il reste à espérer que cette émergence d’une nouvelle puissance planétaire conduise à une meilleure régulation de l’économie mondiale.