L’Ukraine brûle. Tout semble s’orienter vers une conflagration majeure. Familles déchirées, amitiés brisées, tensions graves... et des morts, hélas. Tout un pays tremble, victime d’une fièvre généralisée. L’Est russophile contre l’Ouest «révolutionnaire». Les pro-Poutine contre les pro-Maidan (du nom de la place de Kiev, symbole de la révolte).Surgissent des relents de guerre froide. L’Union soviétique de triste mémoire refait surface via le président russe, ancien du KGB, fervent nationaliste russe. En face, l’Europe dite unie hésite, tergiverse, ne sait comment réagir. Et les Etats-Unis de même. Devant la détermination et à l’agressivité des partisans de la Russie, l’Ouest cherche des parades. Militairement, le jeu est risqué. Qui irait mourir pour Kiev? Economiquement, les sanctions prises contre Moscou semblent dérisoires. Et Poutine ne menace-t-il pas de couper le gaz livré à l’Ouest?Le jeu est subtil. Il n’en est pas moins dangereux. La grenade dégoupillée peut exploser à tout moment. Tous le savent. D’où cette impression de «drôle de guerre» qui n’ose pas dire son nom. Quand même les Eglises orthodoxes rivales, de Kiev et de Moscou, bénissent les canons, il y a lieu de s’inquiéter.Les tensions historiques entre les deux parties du continent européen sont récurrentes. Classique fut l’antagonisme entre l’Est impérial, tsariste puis soviétique contre l’Ouest teuton, napoléonien, prussien puis capitaliste. En 1989, le rideau de fer est tombé, ouvrant une ère de paix. Mais la paix reste – on feint de l’oublier - une exception dans l’histoire tourmentée du continent. Saura-t-elle se faire une place, ressouder un Etat divisé? L’expérience bosniaque dans les années 1990 fut assez traumatisante pour qu’elle ne se reproduise point. En Ukraine se joue aussi l’avenir d’un continent pacifié.
Bernard Litzler