Les exactions barbares d’un califat prétendu islamique ont fait ressortir de nos vieux cartons le concept médiéval de la « guerre juste ». Ce dispositif théologique pourrait contribuer à mettre un terme à ces horreurs indicibles. Du moins, à faire taire nos scrupules face à une intervention militaire contre ce ramassis d’assassins. Il semblerait que même notre bon pape François, qui n’a rien d’un va-t-en-guerre, y aurait fait allusion.Collégiens, nous évoquions déjà cette thématique, alors théorique, dans nos cours de philosophie. « Il n’y a point de guerre juste ! », protestait vivement l’un de nous devant notre professeur, sidéré qu’on puisse le contredire sur ce point. L’usage de la violence, même contenue, entraîne toujours des dommages collatéraux et déclenche un engrenage de représailles dont personne ne peut contrôler le cours ni prévenir les effets pervers. Etait-ce nécessaire de détruire Dresde et d’anéantir Hiroshima pour mettre fin au nazisme et à l’impérialisme nippon ? Des esprits simplistes et belliqueux argueront qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser quelques œufs ! En l’occurrence, il ne s’agit pas d’œufs, mais d’êtres humains. Et parmi eux, des innocents en très grand nombre. Je comprends la prudence ou les hésitations d’Obama qui semble donner tout son poids à la négociation plutôt de commander l’irréparable.
A bien lire les évangiles, je me rends compte que Jésus n’a jamais voulu répondre par la force à la violence dont il était lui-même l’objet et il interdisait à ses disciples de prendre l’épée pour le défendre. A sa suite, je peux comprendre que des individus puissent refuser de se défendre en utilisant les mêmes armes que celles de leurs adversaires, dussent-ils en souffrir eux-mêmes. Mais peuvent-ils demeurer les bras croisés quand autour d’eux on torture et massacre d’autres humains ? Je frisonne encore quand je songe aux casques bleus onusiens, assistant au carnage de femmes et d’enfants rwandais, les armes à la main, avec mission de ne pas les utiliser pour mettre un terme à l’horreur. Le dogme de la non-violence a donc ses limites dictées par le respect de la personne humaine injustement agressée. Ce n’est donc pas d’abord parce qu’ils sont chrétiens que nous devons préserver de la tuerie les habitants de Mossoul ou de Karakosh, mais parce qu’ils sont des hommes, tout simplement. Tout comme vous et moi et même comme ceux qui les pourchassent. Surtout si ces derniers ont oublié qu’ils sont des humains.
Guy Musy