J’ai eu la chance de participer pendant les congés de Pâques à une délégation du mouvement Echanger. Celle-ci s’est rendue dans le Nord-Est du Brésil pour rencontrer des partenaires avec lesquels Echanger travaille depuis plusieurs années: « l’Union des sans toit» et «les Paysans sans terre». Au programme figuraient des rencontres avec les acteurs concernés et des visites sur le terrain, en particulier dans des campements organisés par les paysans de l’Etat du Sergipe.J’aimerais partager avec vous quelques observations réalisées durant cette semaine. Tout d’abord le clivage qui oppose riches et pauvres. Il se traduit au Brésil dans les ghettos que sont les favelas ou dans les hauts murs hérissés de fil électrique qui entourent les résidences des personnes aisées et de la classe moyenne. Cette partition de l’espace implique que les riches et les pauvres ne se regardent plus. Le philosophe E. Levinas disait que la morale commence lorsque l’on s’envisage. A ce niveau le Brésil vit dans l’amoralité dont la violence est un des fruits venimeux. Faisons en sorte, dans notre pays, d’éviter un tel partage du territoire qui conduit inévitablement à des problèmes sociaux.Ma deuxième observation concerne l’universalité de la personne humaine. Un économiste, des travailleurs sociaux ou des journalistes suisses ont pu entretenir un vrai dialogue avec des habitants des favelas et des paysans sans terre. Des deux côtés on retrouvait la même soif de dignité et de responsabilité, la même préoccupation pour l’environnement et le bien commun. Nous habitons tous la même terre et avons tous le même Père.Nous avons pu prendre conscience des changements du monde. Le Brésil est devenu une puissance économique et politique. Il est un Etat qui compte dans les relations internationales. Le temps n’est plus où il avait besoin de notre aide financière. Nos interlocuteurs nous l’ont rappelé. Ils souhaitent d’abord un échange de compétences dans plusieurs domaines: l’urbanisme, la santé, l’agronomie, l’écologie. Nous avons rencontré des volontaires suisses qui ont fait le choix de consacrer plusieurs années de leur vie à cet échange. Leur rayonnement faisait plaisir à voir. Il faut souhaiter que leur témoignage donne envie à de jeunes suisses et suissesses de les suivre dans cette voie du partage de compétences et du partenariat.Enfin nous avons reçu une leçon de solidarité. Les populations pauvres que nous avons rencontrées s’en sortent grâce au soutien reçu dans leur communauté. Il y a bien sûr l’aide du gouvernement, mais l’essentiel, plusieurs personnes nous l’ont affirmé, est l’appui donné dans le campement qui fait que certaines familles ne l’ont pas quitté depuis parfois plus de dix ans.
Jean-Jacques Friboulet