Il a pris l’avion à Yaoundé, au Cameroun. Il a volé sept heures et a atterri à Roissy, près de Paris. A l’arrivée, il était mort, congelé. Car il avait passé le temps du vol recroquevillé dans la soute du train d’atterrissage.«Il» est inconnu. Pas de papiers, pas d’identité, pas de signalement de disparition au Cameroun. Rien.... Un inconnu total. «Il» est devenu, rapporte Le Monde du 3 mai, le matricule «X masculin N° 13/0824». On l’a enterré dignement au cimetière de Mauregard, proche de Roissy. La maire de la commune et deux fonctionnaires étaient présents à l’inhumation, le 30 avril. Ultime geste d’humanité comme point final de cette triste aventure. «Il» avait entre 15 et 17 ans. Au Cameroun, un fils a disparu. Au cimetière de Mauregard, une tombe rappelle ce drame des temps modernes. Pour éviter le mot «Inconnu» sur sa pierre tombale, on s’est accordé sur: «Inconnu sauf de Dieu». Une formule élégante et un rappel salutaire. En fait, une leçon d’humanité, de fraternité et de convivialité. Comme un Icare actuel aux ailes trop tôt brûlées, ce jeune Africain a été foudroyé en plein vol vers la liberté. Certaines histoires ont valeur de symbole: elles en disent long sur l’état de nos sociétés, davantage que bien des discours. Elles sont la vie, dans leur profondeur tragique. «L’inconnu sauf de Dieu» a eu, pour son départ, l’hommage d’une élue. Un geste d’honneur qui salue un disparu. Mais faut-il décéder aussi tragiquement pour que la dignité d’un être humain soit reconnue? Heureusement, le cœur de Dieu est suffisamment large pour les inconnus que lui seul connaît. Ceux que notre cécité nous empêche de voir.Pour les morts, il est trop tard. Mais les rêves des «inconnus» continuent de prospérer, à Yaoundé ou plus loin.Bernard Litzler