Parlons de médailles et pas de Poutine! Les Jeux et rien d’autre!, tels sont les leitmotive de ces derniers jours. Le cirque olympique a planté sa tente et nous guettons les médailles comme des affamés. Car chaque Suisse doré, argenté ou bronzé fera rejaillir sur nous la gloire, même si nous n’y sommes pour rien. A chaque olympiade, le rituel exalte la fierté nationale et promeut des anonymes qui grimpent au sommet de l’Olympe avant de retomber aussi rapidement.Car le moloch médiatique exige chaque jour de nouvelles têtes. Et les compétitions olympiques, qui sécrètent leur lot quotidien de héros, y sont liées. Alors vivent les Jeux! Le public vibre, les stades exultent, les images TV raffolent de performances. Vive le sport, ferment de fraternité et d’un monde uni!Si ces Jeux d’hiver n’étaient que sportifs... L’olympisme est, depuis des décennies, au cœur de manipulations. Quand il prétend rester objectif pour désigner les sites, il ne trompe personne. Les enjeux sont aujourd’hui tels que les villes candidates font feu de tout bois. Avant les médailles, il faut gagner la bataille du site. Le président russe Poutine n’a, en ce sens, fait qu’imiter les Chinois ou les Anglais, ardents militants des derniers Jeux d’été. Hélas, la démocratie est un concept si éloigné de la réalité russe que ces très chers Jeux russes jettent une ombre encore plus grande sur les décisions du CIO.Sotchi, camp retranché, est un bel écrin pour ces joutes hivernales. Les athlètes, occupés à briller, y trouveront leur compte. Les Russes en tireront une fierté renouvelée, après les Jeux «soviétiques» de 1980. Poutine sera conforté dans son rôle de chef suprême de l’empire russe. Mais ces Jeux laissent un goût amer: reflets d’un pouvoir quasi-dictatorial, ils questionnent sur l’opportunité d’offrir à la jeunesse un théâtre d’ombres où l’argent et le pouvoir s’affirment comme les vrais idéaux. «Plus loin, plus haut, plus fort»: la devise olympique (créée par le dominicain Henri Didon, ami du baron de Coubertin) s’applique davantage aux décisions en amont qu’aux prouesses sportives. En ce sens, les Jeux de Sotchi ont raté leur objectif: les Jeux blancs sur mer Noire génèrent beaucoup de gris.Bernard Litzler