Est-il possible de rendre compte d’un tel évènement? Possible de témoigner d’une ville transformée, enluminée par un million de jeunes? Les métros pris d’assaut, les chants dans les rues, les «olas», la chaleur communicative, les catéchèses, les discussions, l’ambiance joyeuse... Une fois encore, la «sauce JMJ» a pris, elle a monté, progressivement, changeant une cité écrasée par les températures estivales en un Woodstock chrétien lumineux.
Les Journées mondiales de la jeunesse constituent, incontestablement, une extraordinaire fête de la foi, un tremplin croyant pour beaucoup de jeunes, un encouragement pour oser une parole chrétienne dans un monde désabusé dont la crise en Espagne n’est qu’un des symptômes. En ce sens, les «indignés» madrilènes rejoignent les souffrances des boat-people africains, des SDF de nos villes, des victimes collatérales de systèmes économiques iniques où
l’argent règne sans vergogne.
La police espagnole a empêché la rencontre entre les pèlerins et les «indignés». Symbole de deux mondes qui ne devaient pas se croiser, le cordon policier entre jeunes et chômeurs sur la place Puerta del Sol… Mais le discours de l’Eglise ne peut être crédible s’il ne s’accompagne d’un engagement social réel. Benoît XVI lui-même y invitait dans son encyclique «Caritas in Veritate» de 2009.
La dernière partie des JMJ s’est déroulée sur l’aéroport de Cuatro Vientos. Un million de jeunes ont dormi à même le sol sur cette immense esplanade. L’aéroport confinait au ciel, la rudesse du sol a permis de ne pas «décoller» et de rester sur terre. Car la mission chrétienne est à vivre à «ras le sol». Dans une société en crise, les jeunes ont gardé les pieds sur terre et les yeux au ciel: l'humanité attend leur témoignage de vie et de foi pour un monde meilleur. Voici le fruit de Madrid: JMJ… suis, mais j’y reste pas. L'espérance est en marche.
Bernard Litzler
Madrid, 20 août 2011