Chère lectrice, cher lecteur,
La chronique que je commence ce mois-ci est faite dans l’esprit de l’enseignement social-chrétien. Elle veut confronter une lecture de la Parole vivante et mon expérience d’économiste à ce que le Concile Vatican II a appelé les signes des temps. Merci par avance de vos réactions positives et négatives.
Durant le mois d’août, j’ai été interpellé par l’interview d’un jeune participant aux JMJ, affirmant que la crise économique lui faisait douter du Bon Dieu. S’il lit cette chronique, je veux lui dire tout d’abord que j’ai beaucoup de respect pour les personnes qui doutent sur le chemin de la foi. Les grands croyants ont souvent traversé des nuits obscures où leurs certitudes étaient mises en question.
Mais à propos de la crise, je veux tout de suite le rassurer. Le Bon Dieu n’y est pour rien. Les habitants de notre planète ont été assez grands pour la provoquer sans son intervention. Les Etats-Unis sont surendettés à cause des deux guerres contre l’Irak et l’Afghanistan qu’ils ont refusé de financer par l’impôt. Les pays membres de la zone euro ont créé une monnaie unique sans les structures gouvernementales capables de garantir sa valeur. Ils ont accepté des niveaux de dette que certains ne peuvent honorer, la Grèce notamment.
Au cours de l’histoire, les grandes crises des finances publiques ont toujours remis en cause la valeur des monnaies. Ce fut le cas en 1919 pour les principaux belligérants (Allemagne, France, Grande-Bretagne) qui avaient financé la guerre par la dette et la création monétaire. Ce fut encore le cas pour l’Allemagne en 1946 qui dut purger l’héritage économique des nazis en créant un nouveau mark sous l’impulsion de K. Adenauer et de L. Erhard. La France connut cette situation en 1958 et sut la redresser grâce à la création d’un nouveau franc et au rééquilibrage de ses comptes publics.
Qu’en conclure? Tout d’abord, comme le dit l’humoriste, que l’expérience est un peigne pour les chauves. Les Etats ne sont pas spontanément sages dans leurs dépenses et un frein à l’endettement, tel que celui que nous connaissons en Suisse, est le bienvenu. Ensuite que dans ce domaine, tout est une question d’équilibre. S’endetter suppose que l’on puisse rembourser avec ses revenus futurs ou la rentabilité de ses investissements. Ceci est également vrai pour les particuliers. Pour éviter le surendettement, les anciens parlaient de tempérance, un joli mot qui signifie la maîtrise de ses désirs et de ses passions. L’apprentissage de la tempérance devrait être au cœur de l’éducation. Il nous éviterait le piège de la surconsommation, qui détruit notre environnement, et nous permettrait de revenir à l’essentiel.Pr. J.-J. Friboulet