Les dernières élections locales ont montré une profonde défiance de la population française vis-à-vis du pouvoir politique. Cette défiance sera confirmée par les élections européennes de mai prochain. La France est prise dans une crise économique et sociale de grande ampleur dont les citoyens ne voient pas la fin. Celle-ci dure en effet depuis vingt ans avec une courte interruption au tournant du siècle. Les déficits publics s’accumulent, le taux de chômage s’accroît constamment en particulier pour les jeunes, les comptes sociaux sont perpétuellement dans le rouge et les importations dépassent de beaucoup les exportations, démontrant ainsi le manque de compétitivité des produits français eu égard aux autres produits européens.Quelles sont les raisons de cette dégringolade que nos compatriotes observent avec regret car la France est une voisine pour qui ils ont généralement de la sympathie ? Elles sont doubles. D’une part ce pays a construit un système économique et social dont l’essentiel de l’architecture date des années 1950. La clé de voûte de ce système est la prédominance du chef de l’Etat qui garde la haute main sur l’Assemblée nationale. En France, contrairement à la Suisse, les régions ne constituent pas de réels contrepouvoirs. Les décisions sont encore prises dans la région parisienne où se trouvent les ministères et les états-majors des grandes entreprises. Cette architecture était bien adaptée au monde bipolaire des années 1960-1970. Les chocs pétroliers mais surtout la chute du communisme et le processus de mondialisation qui s’en est suivi la mettent à mal. Le monde contemporain exige une souplesse d’adaptation et des réformes qui rendent la centralisation des décisions inadaptée.La seconde raison de la crise profonde que traverse ce pays est la monnaie unique et la prédominance allemande qu’elle instaure en Europe. F. Mitterrand et J. Delors avaient cru favoriser l’unité de l’Europe en obtenant de l’Allemagne qu’elle renonce au deutschemark. Mais le diable est dans les détails et l’Allemagne a obtenu que l’euro soit construit sur le modèle du mark, c’est-à-dire comme une monnaie forte qui oblige les pouvoirs publics et l’industrie à de constants efforts d’adaptation et de restructuration. Ces efforts, la France et l’Europe du Sud ne les ont pas intégrés dans leur modèle économique et social au début des années 2000. Elles ont au contraire fait le choix de l’endettement. Le résultat nous le connaissons aujourd’hui. Ces pays sont obligés de faire des coupes drastiques dans leurs dépenses pour rembourser leurs dettes et celles-ci provoquent la déflation et un surcroît de chômage.Le pire n’est jamais sûr et l’Allemagne donnera peut-être à ses partenaires le temps et les moyens nécessaires à la résorption de leurs dettes et aux réformes nécessaires. C’était l’attitude qu’avaient adoptée les Etats-Unis, créanciers de l’Europe au sortir de la deuxième guerre mondiale. Dans le cas contraire les déséquilibres économiques et sociaux s’accentueront au sein de l’Union européenne. Celle-ci sera durablement affaiblie et l’euro mis en cause en tant que monnaie unique.