Môtiers, dans la principauté prussienne de Neuchâtel. C’est là que Jean-Jacques Rousseau crut trouver un refuge tranquille en 1762, mais d’où il fut chassé quelques mois plus tard, à coups de pierres par la population et son ministre (pasteur !)...J’ai lu en Afrique les Confessions de Jean-Jacques. C’est peut-être dans des pays « sans foi (en l’homme) ni loi (juste)» qu’il vaut la peine de le lire. J’ai donc traversé le chapitre concernant le séjour à Môtiers et j’ai été assez subjugué par le ton faussement candide de ce pleunichard génial.D’où, à mon retour en Suisse, une petite virée dans le Val de Travers que je ne connaissais pas, avec cette question derrière la tête: Comment fait-on, dans un village de campagne, pour honorer de façon posthume son hôte le plus marquant qu’in vivo on a chassé à coup de pierres.Môtiers s’en sort par une pirouette géniale. Depuis la maison de Rousseau (devenue musée ad hoc) serpente à travers le village un sentier de promenade qu’empruntaient souvent les chaussures de Jean-Jacques. Sur ce sentier on a scellé soixante galets en métal qui portent gravés des mots de Jean-Jacques avec son écriture. Une façon de se faire pardonner les pierres que l’obcurantisme, la haine et la bêtise ont pu jeter « dans le temps ».Chassé à coups de pierres, Rousseau revient à Môtiers par des galets en métal, sur lesquels il laisse la marque de son génie.Il ne faut pas désespérer des hommes. On avait chassé Rousseau, on continue de maltraiter les génies, mais le fleuve tranquille du temps s’écoule, les rivières polissent les galets, les grandes œuvres policent les hommes.La morale de cet article me convient bien. Qu’écrira-t-on sur les galets des plages de Lampedusa? Car il y a peut-être des génies sur les rafiots en détresse...