La question de la légitimité des profits et de leur montant dans une économie industrielle est périodiquement posée depuis le 19è siècle. Dans sa grande sagesse, le pape Léon XIII avait confirmé cette légitimité dans son encyclique Rerum Novarum au nom du droit fondamental de propriété et au nom de la justice. Il est juste que les propriétaires du capital obtiennent une partie des gains qui est générée par leurs investissements.Aujourd’hui la question du montant des profits et surtout de leur affectation est de nouveau posée par une partie de la population symbolisée par ces jeunes revendiquant l’appellation d’Indignés.Que s’est-il donc passé qui suscite une telle indignation? Depuis que nous possédons des mesures fiables, les historiens de l’économie ont constaté que la part des salaires et celle des profits, dans la richesse produite, varient dans des limites stables pour les économies industrielles. Les salaires représentent de 60 à 70% du revenu national. Les profits de 30 à 40%. De ce point de vue rien de nouveau sous le soleil sinon que, sous la pression du monde de la finance, certains pays ont atteint la limite haute de cette fourchette pour les profits et la limite basse pour les salaires. La conséquence immédiate de cette évolution a été la faible création d’emplois en particulier dans l’économie américaine.Mais la nouveauté majeure réside dans l’affectation des profits. Contrairement à ce qui se passait dans les années précédentes, la part distribuée par les entreprises sous forme de dividendes, d’actions gratuites ou de bonus a substantiellement augmenté dans l’économie américaine au cours des années 1990 et 2000 alors que la part investie a baissé. Et certaines économies européennes ont suivi le mouvement. Il en a résulté pour elles une plus faible création de richesses, un accroissement des consommations en biens de luxe et un plus grand endettement public et privé.Nous sommes aujourd’hui arrivés à la fin de ce mouvement. Les Banques doivent se recapitaliser, les Etats concernés se désendetter et les acteurs privés investir dans de nouvelles technologies en particulier dans le domaine de l’énergie. Mais le mal est fait. La distribution des profits, qui est justifiée quand elle strictement liée aux rendements des investissements, est délégitimée dans une partie de l’opinion en raison de ses excès.
Pour remonter la pente, il faut d’abord modifier l’esprit et les règles du monde financier qui doit être au service de l’économie réelle. Mais il faut aussi que nous changions notre regard sur la richesse. Celle-ci doit être au service de la vie. Nous devons transmettre le patrimoine que nous ont légué nos prédécesseurs et si possible le faire fructifier quelle que soit la forme de ce patrimoine (humain, naturel ou matériel). Faites-vous des amis de l’argent trompeur dit l’Evangile. Cette phrase est aujourd’hui d’une brûlante actualité. Elle implique que les propriétaires du capital investissent leurs fonds dans des projets d’avenir et évitent les placements de casino.Jean-Jacques Friboulet