Il peste, rugit, vocifère. Il a de quoi. Il connaît son sujet. Le Père Paolo Dall’Oglio a eu le double honneur de Faut pas croire, samedi 29 sur RTS Un, et de Hautes Fréquences, dimanche 30 sur La Première. En fait d’honneur, c’est celui des émissions qui ont accueilli cette personnalité inclassable. Un homme d’honneur a défendu le peuple syrien. Avec force et nuance. Ce faisant, il a remis nos pendules (suisses) à l’heure. Nos schémas plus ou moins informés ont été infirmés par les convictions de ce jésuite engagé.
Il a ainsi pu défendre, avec sagesse, la conception chrétienne de la violence. Prendre les armes n’est pas forcément attiser la violence. Car l’usage de la force doit être proportionné. Mais quand un peuple est persécuté par ses gouvernants et que des résistants se lèvent, il faut prendre le parti de la justice sur celui de l’injustice.
La Syrie est en guerre, une guerre interne. Car la voie démocratique a failli. Les espoirs nés de l’accession au pouvoir du fils Assad ont été déçus. Le printemps arabe a ensuite réveillé à l’est de la Méditerranée des attentes légitimes, non réalisées. Aussitôt la révolte s’est développée, d’abord timide, puis à grande échelle.
En Syrie pointe le danger d’une islamisation renforcée. Mais l’abandon de l’opposition syrienne par l’Occident fait le lit des combattants islamistes. Et la mosaïque composite des communautés se transforme en blocs antagonistes: sunnites, chiites, alaouites, chrétiens, tous essaient de pousser leurs pions. Mais les minorités, infériorisées, fuient le pays, chrétiens en tête. Quel avenir pour la Syrie? Le cri de Paolo dall’Oglio était de révolte mais aussi d’espérance.
Les gouvernants sont pris d’une irrépressible envie de sévir. Et les opposants d’un «jusqu’au boutisme» compréhensible. La spirale est infernale. Comment réconcilier le peuple avec lui-même? Le message du religieux italien était davantage qu’un appel. Il était cri d’espérance. Pour un peuple chaviré d’horreurs, il est des voix qui pèsent. Pour croire encore que la barbarie n’aura pas le dernier mot.Bernard Litzler