Le deux novembre, commémoration des défunts dans toute l’Eglise, il est prévu dans ma paroisse congolaise de célébrer la messe au cimetière. Or il y a deux cimetières au village. Un cimetière des explorateurs blancs (de la fin du 19e et du début du 20e siècle), avec ses tombes de ciment toutes décrépites et en ruine et leurs inscriptions effacées, mais alignées dans un pré de gazon. Et un cimetière des indigènes noirs situé un peu plus loin dans une brousse épaisse de taillis, de hautes herbes et petits buissons.Si les Congolais semblent bien s’occuper de leurs défunts depuis la mort jusqu’à l’enterrement (et ils peuvent en apprendre aux Européens), ils ont la fâcheuse habitude de laisser leur cimetière à l’abandon, sauf, très éventuellement, le 2 novembre. Et même pas toujours...Le dimanche précédent, le Curé avait averti : « Débroussaillez votre cimetière, sinon nous dirons la messe dans le cimetière des blancs. »Il y a eut d’abord quelques velléités parmi les paroissiens piqués au vif, mais le désir a été réduit à néant parce que la brousse du cimetière des noirs était vraiment trop épaisse et décourageante, tandis que dans le pré du cimetière des blancs, il suffisait de quelques coups de coupe-coupe et le tour était joué.Nous avons donc célébré l’eucharistie au milieu de tombes des blancs. Les enfants en groupe serrés étaient assis sur les monuments et les adultes sur de petits sièges en bois ou sur des chaises en plastique. La cérémonie fut belle et émouvante...Pourtant, comme partout dans le monde, ceux qui n’avaient de toute façon rien fait, y sont allés de leur remarques : « Pourquoi n’est-on pas allé dans notre cimetière ? » « Pourquoi faut-il toujours prier sur les tombes des blancs ? » Et d’autres du même genre et plus corsées qui ont réussi à fâcher le curé !Je croyais qu’au moins dans la mort nous étions tous égaux. Il faut croire que non. Rien n’est simple dans ce bas monde. J’espère que là-haut on y verra un peu plus... clair.Guy LuisierPS : au moment où j’écrivais cet article, je lisais en parallèle une histoire du Congo. Justement le passage où l’on disait que dans les journaux du Congo colonial d’entre les deux guerres, les journaux écrivaient Blancs avec majuscule et noirs avec minuscule! par une petite vengeance de l’histoire, j’écris donc, noir sur blanc, blancs et noirs avec minuscules dans cet article.