Plusieurs lecteurs se sont inquiétés, à l’occasion de ma chronique sur «les neiges du Kilimandjaro», de l’accent que j’ai mis sur l’importance du travail. J’aurais oublié que le travail n’est pas l’essentiel de la vie.Je veux les rassurer. Je n’ai pas oublié que le travail est fait pour l’homme et non l’homme pour le travail. Mais cette question a deux aspects qu’il faut bien distinguer: la gestion quotidienne du temps et la répartition du cycle de vie entre études, activité et retraite.Sur le premier point, l’enseignement social de l’Eglise insiste sur la valeur du travail à la fois pour la personne qui le réalise et pour la société. Jean-Paul II a particulièrement mis l’accent sur ces deux valeurs dans son encyclique Laborem Exercens. Par son activité la personne contribue à l’œuvre de création et développe ses relations aux autres si nécessaires à l’effectivité de la loi d’amour. A contrario le chômage abîme la personne en mettant en cause ces deux valeurs. C’est en cela qu’il est un mal et doit absolument être combattu.Ces considérations de l’enseignement social sont cohérentes avec l’expérience économique. Les économistes savent que le travail est la source principale de la création de richesses. Pour créer de la valeur économique il faut travailler de façon productive, c’est-à-dire réaliser un travail de qualité. C’est à ce niveau qu’intervient la question du temps de travail. Les Suisses travaillent plus que la moyenne européenne (41,6 h par semaine contre 40,4h) et ne prennent en moyenne que cinq semaines de congés. Sans doute nos concitoyens ont-ils compris que ces pratiques étaient la clé de leur bon niveau de vie en comparaison internationale.Mais ces chiffres doivent être nuancés. Beaucoup de Suisses et de Suissesses travaillent à un taux d’activité inférieur à 100%. C’est la forte présence du temps partiel qui permet le bon fonctionnement des familles et de toute une série d’activités bénévoles y compris dans l’Eglise. Ce temps partiel doit être encouragé par les entreprises y compris pour les hommes mais pour cela il faut que le niveau des salaires et donc de la productivité du travail soit suffisant. Par ailleurs les emplois doivent ménager des temps de repos et de vie spirituelle et sociale. Nos évêques n’ont cessé de condamner le travail du dimanche qui n’est pas indispensable à la vie commune, comme celui des magasins. Le respect du sabbat est partie intégrante de la loi d’amour.L’essentiel est bien là. Le travail n’est pas une punition. Il n’est pas davantage une fin en soi. Il doit être au service de la vocation humaine et chrétienne des personnes. C’est à ce niveau que doit se poser la question de l’âge de la retraite. La retraite doit permettre à nos contemporains de continuer d’être utiles à eux-mêmes et aux autres en exerçant une solidarité concrète avec les jeunes générations. Cela peut se faire de différentes façons et je suis émerveillé de la capacité de nos contemporains à trouver de nouveaux chemins pour cette période de leur vie. La retraite ne peut être envisagée comme un temps de pur repos. Activité et sabbat sont indissociables même à un âge avancé.Jean-Jacques Friboulet