Deux pays européens sont confrontés aujourd’hui à des forces centrifuges qui menacent leur unité: la Grande-Bretagne et l’Espagne. Dans ces pays, deux régions demandent leur indépendance, respectivement l’Ecosse et la Catalogne.
Le cas de l’Ecosse est particulièrement intéressant. Sa demande d’indépendance n’est pas justifiée par des raisons religieuses et culturelles. L’anglais est unanimement accepté en Ecosse et les différences entre le presbytérianisme qui domine l’Eglise des Hautes Terres et l’anglicanisme sont minimes. Ce qui suscite la séparation dans le Royaume-Uni relève des domaines politique et social. L’ultralibéralisme de Mme Thatcher et de ses successeurs a mis à genoux dans les années 1980-1990 les industries traditionnelles écossaises en créant la misère dans les banlieues des grandes villes. L’activité économique a été centrée sur l’extraction du pétrole, la production agricole (le fameux whisky) et les services en particulier bancaires. Aujourd’hui l’industrie ne contribue plus que pour 12% au produit.Cette concentration de l’activité autour du pétrole a certes fait de l’Ecosse un pays relativement riche mais où une grande partie de la population est pauvre. Le taux de chômage y est élevé (7%) et les jeunes ont du mal à y trouver un emploi.
Cette évolution a fait disparaître les Conservateurs de la députation écossaise, provoquant une coupure politique dans le Royaume-Uni. Le Nord vote travailliste et le Sud conservateur. Il s’en est suivi un sentiment de non-représentation de la part de la population écossaise dans les institutions britanniques, sentiment d’autant plus fort que leur tradition penche vers une plus grande solidarité sociale.
Ce succès de l’ultralibéralisme anglais a conduit à une disparition du sens du bien commun chez les citoyens britanniques. C’est le règne du chacun pour soi et les Ecossais se disent que leur pays, riche en matières premières et avec une main d’œuvre bien formée, serait plus prospère seul en évitant les prélèvements du gouvernement central.Toute cette histoire est riche de sens pour les citoyens de notre pays. Elle montre que l’unité n’est jamais un acquis mais une construction qui suppose que l’on ne laisse pas libre cours à des forces centrifuges qui disloquent le sentiment d’appartenance à un ensemble. A ce niveau le fédéralisme est une chance mais il implique une péréquation des richesses entre les cantons et le respect de la tradition des minorités. Or ces deux éléments sont mis en danger aujourd’hui, de même que le maintien de biens collectifs de qualité par plusieurs projets ; d’abord le refus de l’enseignement de la deuxième langue nationale dans le primaire par certains cantons alémaniques ; ensuite la réforme de l’imposition des entreprises qui favorisera inévitablement les régions à fort potentiel fiscal au détriment des autres. Au moment de prendre des décisions importantes dans ces deux domaines, nos autorités feraient bien de méditer l’exemple écossais.
Jean-Jacques Friboulet