Récemment j’ai fait une petite excursion au sud des Alpes et en particulier dans le val Verzasca, au cœur du Tessin. Petite vallée pittoresque, vieux villages de pierres et de vignes en semi-liberté, murs s’étageant sur les côteaux abrupts, forêts grimpant à pic dans les rochers, tout ce que l’on aime dans un Tessin ensoleillé et folklorique... sauf que cette année tout le paysage était comme brouillé par le brouillard... et la haute neige.Même le fameux pont (dei salti, des sauts) à deux arches, que tout le monde va admirer à Lavertezzo semble s’éclipser dans un paysage noir-blanc, d’un drôle d’effet.C’est comme si la nature extérieure répondait à mes inquiétudes intérieures, car je la contemplais le lundi 10 février dernier, lendemain d’un fameux dimanche de brouillard politique...Les hommes sont faits pour créer des ponts, pour avancer sur ces ponts courageusement, avec audace et inventivité. Ils ne sont pas faits pour regarder de l’autre côté en étant sûrs que l’herbe est plus verte de ce côté-ci. On peut continuer à aimer le Tessin, la Thurgovie et le Brassus, sans nécessairement avoir peur de la Savoie, de la Lettonie et du Congo...(...) Il faut que je me calme. Si je continue à macérer mes rancoeurs intérieures, mon paysage au-dedans de moi continuera à être noir-blanc, ce qui est un comble quand on veut faire des ponts entre Afrique et Suisse!Il y a une citation que j’aime bien dans ce contexte:«Nombreux sont ceux qui pourraient traverser le fleuve mais bien plus nombreux encore sont ceux qui préfèrent continuer d'avancer le long de la berge en espérant y trouver un pont!»Je ne sais pas qui est l’auteur. Un Suisse allemand, un Marseillais ou un Congolais?