Madiba est mort et la planète entière est en deuil. Car l’immense stature de Nelson Mandela dépasse les frontières de son pays. Homme politique sage et visionnaire, le vainqueur de l’apartheid qui minait l’Afrique du Sud a marqué son temps.
Le XXe siècle malade de Hitler, Staline et Pol Pot a aussi - et c’est heureux - engendré Mandela. Un homme dont le charisme a fait voler en éclats une haine tenace et meurtrière. Le siècle précédent qui porte la lourdeur des dictatures et des guerres mondiales, des idéologies stériles et des fours crématoires a aussi généré un essai de fraternité dans un contexte de séparation raciale cruelle.
Le combat de Mandela, d’abord figé par une détention de vingt-sept ans, a éclaté dans toute sa dimension après 1990. Alliant talent, génie et désir de réconciliation, le président dansant évita le bain de sang que d’aucuns voyaient poindre. Faire du plus ségrégationniste des Etats la nation «arc-en-ciel» où Noirs et Blancs cohabitent ne fut pas simple. La conscience de l’humanité a grandi grâce à l’incroyable scénario qui se dessina au pays des bantoustans. Et l’Afrique du Sud redevint fréquentable, portée par un homme que le séjour en prison a mûri. Son rêve a pris forme, il a promu «la vérité et la réconciliation», du nom des commissions chargées d’épurer le passé.
«Cet homme a été comme un prophète de l’Ancien Testament», a confié le sociologue Jean Ziegler au Matin Dimanche. Un propos sans doute exagéré. Mais depuis quatre jours, le ciel est noir. Noir pour porter le deuil d’un homme magnétique. Pourtant l’étoile noire qui y brille désormais dépasse pour sa lueur bien des «stars» futiles. Madiba est mort et le monde pleure. Un géant s’en est allé… et nous goûtons aux poussières d’étoile: la dignité immense de l’homme.Bernard Litzler