Mc 1, 1-8: "Rendez droits les sentiers du Seigneur" | 2e dimanche de l'aventDans la grisaille d’un jour d’Avent, voici qu’apparaît Jean, surnommé le baptiseur ou l’ouvreur de piste. Marc, l’évangéliste qui nous accompagne cette année liturgique, ne s’attarde pas à narrer sa naissance. Pas plus qu’il ne raconte celle de Jésus. Avec Marc, il faut aller vite, au cœur de l’essentiel et ne pas s’enliser dans les détails. Le temps se fait court. Pour lui, comme pour nous.Mais l’évangéliste prend soin tout de même de planter le décor où s’active son baptiseur. Avec talent, il peint le cadre classique où retentissait autrefois la voix d’un autre prophète. Comme si Jean était la réincarnation d’Isaïe. Ce sera donc le désert. Pas celui du Sinaï qui donne accès à la Terre promise, mais celui de Syrie, là où transitent les réfugiés d’hier et ceux d’aujourd’hui. C’est pour eux que Jean crie. C’est pour eux qu’il aplanit le chemin du retour à la maison qui est aussi celui du retour en grâce. Par-delà les perclus et les fatigués de la route, c’est aux âmes déprimées, chargées, anéanties qu’il lance son message d’espérance: «Consolez-vous, reprenez courage, redressez la tête, car il vient derrière moi, celui qui est plus grand et plus fort que moi!»Jean-Baptiste n’est rien, si ce n’est cette voix qui rassure, si ce n’est cet index dirigé vers le sauveur promis. Personne au monde ne l’a représenté avec autant de réalisme saisissant que le peintre Grünewald dans le retable d’Isenheim que l’on admire à Colmar. Les vêtements rustres et frustres du précurseur, son régime alimentaire spartiate, témoignent de son impatience à proférer une parole transparente, dépouillée de toute fioriture. Jean ne s’attarde pas à soigner son apparence vestimentaire. Pas plus qu’il ne cultive son éloquence. Il a mieux à faire: dire le plus vite et le plus clairement possible ce qui doit être dit. Il y a urgence. Tant de gens souffrent autour de lui des affres de la soif et de la faim, tant physique que spirituelle.Mais le Baptiste ne fait pas que parler. Il invite ses auditeurs à une démarche active et personnelle. Elle exprimera leur volonté de recevoir l’aide du sauveur annoncé. Il s’agit pour eux de descendre dans un cours d’eau - le Jourdain en l’occurrence - et de se laisser immerger. Un baptême, quoi! Une plongée, accompagnée d’un «coming out» où le baptisé avoue ses fautes et péchés et exprime son désir lucide de changer de vie. Ce geste est le préalable indispensable à l’effusion de l’Esprit qui fera de lui une femme ou un homme nouveau.Peu importe le Jourdain dans lequel je fus plongé. Peu importe mon baptiseur et sa façon de baptiser. La seule question qui devrait me hanter est celle-ci:«Qu’ai-je fait de mon baptême?» M’a-t-il rapprochés de cet homme doux et humble qui un jour s’est penché sur moi, comme le samaritain de jadis se pencha vers un blessé oublié au carrefour des grands chemins?Il n’est pas trop d’un Noël pour m’y faire penser.
Guy Musy