Mc 9, 30-37Il est très rare dans nos régions qu’un enfant ne soit pas accueilli dès que pointe à la lumière du jour le bout de son petit nez. Bien sûr, il arrive par accident que la nature réaffirme ses droits et déroute nos dispositions. Mais, en règle générale, la technique est suffisamment affinée pour qu’un bébé vienne au monde au moment précis où ses géniteurs l’ont programmé. Un enfant dont la génétique de demain prévoit non seulement d’établir à l’avance son bulletin de santé, mais encore de sélectionner son sexe, son teint ou la couleur de ses yeux. Un enfant qui ne sera plus un don mystérieux, mais un jouet préfabriqué, conforme à nos menus désirs.Que nous sommes loin de cet enfant que Jésus prit un jour dans ces bras et l’exposa à ses disciples ahuris, comme s’il était un de ces «petits» dont ils devraient se faire les serviteurs et non les maîtres. Stupéfaction dans le groupe des Douze. Comment auraient-ils pu imaginer une telle scène et un tel discours. De leur temps, l’enfant ne comptait pour rien tant qu’il n’avait pas rejoint le monde des adultes, capable alors de leur servir de bâton de vieillesse. Autrement dit, quantité négligeable, comme ces «bons à rien» qui aujourd’hui frappent à nos portes, perturbent les conciliabules de politiciens en mal d’élection et qui, paraît-il, pèseraient lourd sur le budget de l’aide sociale. Ces «petits» dont on voudrait bien se débarrasser, faute de les reléguer dans les rangs des éboueurs ou parmi les saisonniers, manoeuvres dans nos chantiers.C’est pourtant cet enfant que Jésus serre très fort dans ses bras, comme le plus précieux de tous les trésors de l’univers. Il le place au milieu du cercle où lui-même et ses apôtres sont assis. Oui, au milieu d’eux, comme un roi déchu qui recouvre sa dignité et son honneur perdus. Au cœur de l’Eglise aussi, symbolisée par ce cercle, où les premiers deviennent derniers, parce qu’esclaves des plus petits.Les disciples ont-ils compris la leçon? Ils y mettront du temps. Comme Pierre, qui n’en saisira le sens qu’au jour où il aura vu son maître pendu sur le bois, supplicié comme un esclave ordinaire. Alors, à cet exemple sublime, le disciple mettra ses pas dans ceux de Jésus qui, le premier, fut le serviteur de tous.Me pardonnera-t-on cette anecdote ? J’étais jeune ado quand un professeur désireux de se faire respecter par ses potaches nous lança ce qu’il pensait n’être qu’une boutade: «Le pape est le serviteur des serviteurs de Dieu. Mais, il ne se dérange pas pour rien!».Et même s’il se dérangeait pour rien! Je n’ai pas de leçons à donner à notre cher François. Il suffit que nous lui emboîtions le pas.Guy Musy | 18.09.2015
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus traversait la Galilée avec ses disciples,
et il ne voulait pas qu’on le sache,
car il enseignait ses disciples en leur disant :
« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ;
ils le tueront
et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. »
Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles
et ils avaient peur de l’interroger.
Ils arrivèrent à Capharnaüm,
et, une fois à la maison, Jésus leur demanda :
« De quoi discutiez-vous en chemin ? »
Ils se taisaient,
car, en chemin, ils avaient discuté entre eux
pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit :
« Si quelqu’un veut être le premier,
qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »
Prenant alors un enfant,
il le plaça au milieu d’eux,
l’embrassa, et leur dit :
« Quiconque accueille en mon nom
un enfant comme celui-ci,
c’est moi qu’il accueille.
Et celui qui m’accueille,
ce n’est pas moi qu’il accueille,
mais Celui qui m’a envoyé. »