Mt 28, 16-20 | Je n’accepte pas que certaines sourates du Coran désignent les chrétiens sous le titre peu flatteur d’«associateurs». Littéralement, des croyants déviants - des idolâtres! - qui «associent» ou ajoutent au Dieu unique des créatures qui n’ont rien de divin. A l’exemple de ce prophète juif de Palestine que le Coran appelle Issa et que nous adorons à l’égal de Dieu. Ou encore ce «Souffle» que notre credo reconnaît comme Seigneur, tout comme le Père et le Fils. Evidemment, on peut comprendre la difficulté et même la réticence des musulmans à concevoir un Dieu trinitaire quand il a fallu plusieurs conciles pour que les chrétiens des premiers siècles s’en fassent une représentation qui demeure bien difficile à expliquer aux catholiques d’aujourd’hui.Mais s’agit-il d’expliquer ou plutôt mettre en évidence deux façons très particulières de parler du même Dieu? L’islam, inspiré peut-être par le Premier Testament, le conçoit comme un bloc erratique impénétrable. Il domine en maître notre histoire personnelle et l’Histoire du monde sans jamais l’épouser ni la pénétrer. «Dieu est un rocher», martelait un jour un vieux musulman de mes amis. Face à ce Dieu-là, la seule conduite humaine concevable est de se soumettre à ses décrets souverains, immuables et, bien sûr, imprévisibles. Bref, la soumission ou la démission. Pas d’autres alternatives possibles.La révélation chrétienne est bien différente. Dieu se présente comme source et fontaine toujours jaillissantes. Rien d’un astéroïde refroidi et glacé. Mais bouillonnement de vie intarissable. Ce Dieu-là n’en finit pas de se dire lui-même. Il est riche et inépuisable comme l’Amour dont il porte le nom.On ne saurait donc rien lui ajouter de l’extérieur. C’est lui-même qui se fait connaîtreavec un cœur de père ou de mère. Il est aussi aimant, comme un fils peut l’être et il explore les profondeurs de l’âme humaine, comme le souffle qui nous habite. Rien de ce qui est beau et bon ne lui est étranger. Par-dessus tout, ce Dieu a une histoire liée à la nôtre, avec ses méandres, ses illusions, ses échecs, ses reprises et ses espoirs. Il est là au coeur de nos vies dès que l’eau baptismale a touché notre front «au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit». Ce geste et cette parole signifient que notre destin est lié au sien et que sa vie ne va pas sans la nôtre. Dès notre baptême, nous courons donc avec lui, non sans risque, l’aventure d’une vie sans fin.La Trinité n’est donc pas une énigme ou un casse-tête, comme la représentation d’un cercle carré. Elle n’est pas non plus un dogme encombrant et gênant qu’il faut glisser sous le tapis quand il est question de dialogue interreligieux. Elle est notre manière de dire que Dieu habite tous les replis de nos vies. Il fallait bien une fête liturgique spéciale pour nous le rappeler ou nous en rendre conscients.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
les onze disciples s’en allèrent en Galilée,
à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent,
mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles :
« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Allez ! De toutes les nations faites des disciples :
baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
apprenez-leur à observer
tout ce que je vous ai commandé.
Et moi, je suis avec vous
tous les jours jusqu’à la fin du monde. »