Mt 25, 31-46 | Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'UniversDans la petite église de mon enfance, au-dessus des trois bancs réservés aux garçons, trônait le Christ Roi. En plâtre, bien entendu, mais couronne dorée, manteau cramoisi et sceptre de bois dans sa main droite. Jamais, au grand jamais, une tête couronnée n’avait foulé le sol républicain de notre village. Mais nous étions tous des monarchistes inconditionnels quand, s’agissant de Jésus, nous chantions à tue-tête: «Parle, commande, règne! Jésus étends ton règne! De l‘univers sois roi!».Revisitant ce passé pas trop lointain, j’ai tout de même aujourd’hui l’impression que nous nous trompions de palais. Comme les mages, nous recherchions le roi des Juifs dans la maison d’Hérode plutôt qu’à la crèche de Bethléem. En effet, à relire les trois évangiles qui alternativement rappellent chaque année cette fête, la royauté du Christ apparaît dans un décor fort éloigné du palais de Buckingham où évolue la reine d’Angleterre, de l’Elysée de Hollande ou même de la Bundeshaus de notre ami Burkhalter. Dans l’évangile de Luc, le roi est nu, agonise sur une croix. C’est dans ce piteux état qu’il fait rêver un compagnon d’infortune en évoquant un mystérieux royaume, quelque part dans un lointain paradis. Dans l’évangile de Jean, le roi torturé apparaît les bras liés comme un vulgaire séditieux. Il parle de vérité à un juge qui se moque de lui.Reste le texte de Matthieu que nous lisons ce dimanche. Va-t-il enfin remettre l’église au milieu du village et rendre au Christ sa dignité royale? Le début semble prometteur. Le Fils de l’Homme - ce ne peut être que Jésus - siège à son tribunal sur un «trône de gloire» et «toutes les nations» se présentent devant lui pour être jugées. Le grand jour ou le grand soir est donc arrivé! Voici le moment de la vengeance! Mais las! Encore une fois, à bien lire ce dernier texte, je ne décèle aucun des oripeaux sous lesquels se camouflent habituellement les monarques qui nous gouvernent. Bien au contraire. Chez Matthieu, le Juge universel c’est cet enfant kwashiorkor qui vous regarde avec des yeux exorbités. Ou le réfugié irakien à la recherche d’un point d’eau en bordure d’un désert. Le roi? C’est aussi ce SDF qui aimerait bien un abri où passer la nuit, ce criminel oublié derrière ses barreaux, ou encore ce mourant dont vous venez de tenir la main. C’est sur leur charité que les nations seront donc jugées. Si l’on peut parler de jugement quand les juges ne portent pas de robe d’hermine et se recrutent dans la cour des miracles.Le Christ Roi est reconnaissable à ses vrais attributs. Il en possède trois: la vérité que Pilate fait mine d’ignorer, l’espérance qui miroite dans les yeux du larron repenti et la charité en qui se retrouvent les «bénis du Père» dispersés sur tous les chemins de misères.Un royaume qui est bien dans ce monde, même s’il ne porte pas les couleurs de notre mondanité.Guy Musy