Mt 21, 28 -32 | 26e dimanche AUn souvenir précis me lie à cette parabole dont la clarté ne mérite pas un flot d’explications. Voici quelques années, nous disions au-revoir à un prêtre dont l’originalité et peut-être aussi la marginalité avait conduit à prévoir lui-même tous les détails de sa messe d’A-Dieu. L’évêque qui présidait la célébration se crut obligé de respecter à la lettre toutes ses volontés, certains diraient toutes ses fantaisies liturgiques. Je vous en passe les meilleures, pour ne retenir que le choix d’évangile prévu par ce prêtre pour sa messe de funérailles. Celui-là même qui fait l’objet de cette méditation et qui sera lu lors des eucharisties de ce prochain dimanche.
Notez bien que Jésus dédicace aux «chefs des prêtres et aux «anciens» cette parabole où il est question d’un père vigneron et de ses deux fils qu’il envoie travailler «aujourd’hui» à sa vigne. Le premier, obséquieux, acquiesce sur le champ au désir de son père, mais se défile par la suite; le second dans un mouvement d’humeur refuse, mais sur le coup d’un bon sentiment finit par obtempérer. Notre ami défunt avait prévu que la lecture du texte ne dépassât pas ces deux premiers versets. Et surtout que l’évêque ne s’avisât pas d’y ajouter le moindre de ses commentaires, si ce n’est de lire en guise de conclusion cette sentence comminatoire qui figurait elle aussi parmi les directives anticipées de celui qui gisait présentement sous nos yeux. La voici: «Prenez-en de le graine!».
Présent dans l’assistance, j’avoue avoir ressenti un frisson dans le dos. Jamais je ne fus aussi vivement interpellé par une parole évangélique. Confondu avec ces «anciens», ces «presbytres» que l’on traduit par «prêtres» dans notre langue, appelé comme eux à travailler à la vigne du Père, je me demandais auquel des deux fils j’étais le plus ressemblant. Et j’imagine que l’évêque célébrant, assimilé aux «chefs des prêtres» à qui s’adresse en primeur la parabole dut faire pour son propre compte le même examen de conscience.
Avec bonheur, cet évangile est lu ce dimanche où l’on ordonne en Suisse un nouvel évêque. Voilà qui ramène les ouvriers de la vigne du Seigneur à leur juste et humble niveau. Souvent distancés par les prostituées et autres publicains, il n’est pas dit qu’ils vont mourir sans miséricorde. Même s’ils ont «fauté», ils peuvent espérer retrouver leur place sous le harnais. S’il y a des «oui» hypocrites et mensongers, il y a aussi des «non» qui se transforment par la suite en témoignage d’obéissance et d’amour.