Comment Jésus passait son sabbat? Marc n’a sans doute pas le génie littéraire d’Alexandre Soljenitsyne retraçant la journée d’Ivan Denissovitch, mais tout de même assez de talent pour décrire une journée de sabbat, telle que Jésus la vivait dans sa province galiléenne. Il est facile de la reconstituer en suivant l’évangile de ce dimanche.La scène se passe donc un jour de sabbat dans le petit port lacustre de Capharnaüm. Tout commence le matin à la synagogue. Qui s’en étonnerait! Un repas familial est prévu chez Simon à la sortie de l’office. Mais - ô malheur! - la cuisinière n’est pas aux fourneaux. Elle gît dans son lit. Sans doute, un accès de paludisme. Qu’à cela ne tienne! Le désagrément est minime, puisque le médecin est dans la maison. Une injonction et voilà notre belle-mère debout qui reprend son service. L’incident est clos…L’après-midi se passe dans la sérénité d’un partage familial et fraternel. Et sans doute aussi en un bienfaisant moment de repos. Car la suite du programme s’annonce rude pour le guérisseur. Dès la fin du sabbat en effet, avec l’apparition de la première étoile, c’est la cohue dans la maison de Simon. «Toute la ville», dit le narrateur ave emphase, se presse à sa porte, avec son lot de malades et de misères. Une vraie cours des miracles! La séance de guérison se prolonge jusqu’aux dernières veilles de la nuit. Mais, avant le lever du jour, sans crier gare, Jésus s’éclipse. On le cherche et finit par le retrouver, seul, dans une lande déserte. Simon veut le ramener chez lui. D’autres malades l’attendent. Jésus refuse de s’y rendre. Il reste maître de son programme. Son champ d’action, c’est toute la Galilée et bien au-delà.Il n’est pas nécessaire d’être évangéliste pour écrire ce qui précède. Tout observateur attentif aurait pu en dire autant. Mais sous la plume de Marc et à ses yeux de croyant, ce fait divers prend une signification à la fois unique et universelle. Les mots ne sont pas choisis au hasard. Ils transcendent la banalité du quotidien et font entrevoir une dimension «surnaturelle», invisible aux yeux qui voient sans voir.Voici donc quatre exemples tirés de cette relecture sous le prisme de la foi.Tout d’abord, la guérison de la belle-mère est une annonce prémonitoire de la résurrection. Le Christ se penche sur le mort, le pécheur ou le malade. Il le fait lever en lui tendant la main. Y a-t-il plus belle image de toutes les résurrections qui nous sont promises?Autre signe avant-coureur de résurrection. Avant le lever du jour, Jésus disparaît. De la même façon et à la même heure, le premier jour de la semaine, le Christ sort du tombeau. Les femmes le cherchent, le trouvent, mais sans pouvoir le toucher ni le retenir.Troisième exemple, la mission du Christ apparaît au grand jour. Il lutte contre toutes les forces du mal, aussi bien moral que physique. L’expulsion des démons signifie la victoire du Ressuscité, le triomphe de la Vie sur toutes les mort qui nous rongent ou nous menacent.Enfin, ce programme est universel. La bonne nouvelle de la Vie est sans frontières. Tous peuvent y avoir accès. Et nous aussi qui entendons cet Evangile aujourd’hui.Alors, chers internautes, comment allons-nous passer le sabbat? Pour nous, il est devenu le premier jour de la semaine, le dimanche, «le jour du Seigneur».
Guy Musy