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  • L’homme ne vit pas seulement de pain…
    Tony Inga/Flickr/CC BY-NC 2.0

    Blog L’homme ne vit pas seulement de pain…

    L’idée de quantifier le bonheur est tentante. Ce serait tellement plus simple si on savait comment le mesurer donc comment le domestiquer et le réduire à une recette.

    Or par définition le bonheur est un état de béatitude, un absolu – une terre promise - qui échappe à la mesure humaine. Au-delà de la querelle des mots, l’idée de chiffrer le niveau de satisfaction qu’une population retire de la manière dont elle fonctionne en société n’est pas nouvelle. François Quesney (XVIIIe) était le premier économiste à s’y essayer.

    Deux siècles plus tard, alors que le PIB est universellement considéré comme la réponse définitive à de telles préoccupations, c'est dans les années 1970 que l’économiste  Richard Easterlin fait le constat, a priori surprenant, que le sentiment de bien-être se tasse aux Etats-Unis alors que le PIB par tête ne cesse d’augmenter. Il ne suffit donc pas de produire plus pour que les citoyens se sentent mieux. Le paradoxe d’Easterlin a donné lieu à une vaste littérature qu’il ne s’agit pas de discuter ici, il suffit de rappeler son existence.

    Le constat d’Easterlin a le mérite d’interpeller la Produit national (net ou brut) dans sa fonction d’indicateur unique de performance sociétale. En effet, on fait dire au PIB – et à ses dérivés comme le taux de croissance – tout et son contraire. Or, il ne mesure que la valeur ajoutée (produite) par une économie durant une période. Parfois, par extension on le résume par la formule bien connue de « création de richesses » qui est, en soi, un abus de langage : comme si toute production était nécessairement "richesse".

    Le PNB est le fruit d'un dessein politique

    Comme toute mesure statistique le PIB (ou PNB) est le fruit d’un dessein politique. Il s’agissait dans le période de la guerre (et ensuite de la Guerre froide) de construire aux Etats-Unis une mesure de l’activité économique qui ferait apparaître les dépenses d’armement sous un jour positif, non comme une charge, un coût pour l’économie américaine. Simon Kuznets et ses collègues ont réussi ce tour de force conceptuel et statistique. Quelques décennies plus tard le « système des comptes nationaux » qui sert de creuset aux calculs de PIB etc, fait partie du paysage. Or, les insuffisances et les problèmes de ce cadre sont bien connus, ce qui devrait inciter à user des chiffres ainsi obtenus avec prudence. Or il n’en n’est rien. La PIB et sa croissance dominent le débat en matière de politiques économiques et sociales.

    "Plus ne signifie pas automatiquement mieux"

    Il n’est donc pas étonnant que l’insatisfaction grandisse. Dans les années 1980, un travail considérable a été réalisé dans le cadre des Nations Unies pour aboutir à l’Indice de Développement Humain. Bel effort conceptuel, mais dont la réalisation se heurte à l’absence de statistiques dans nombre de pays en développement. Plus près de nous, depuis la crise financière, l’OCDE planche sur des indicateurs complémentaires (Beyond gdp) qui devraient permettre de classer le niveau de satisfaction des citoyens des conditions de logement, de l’offre sanitaire, de l’état de l’environnement et bien d’autres. Ce projet innove, puisqu'il ne cherche pas à tout combiner en un seul indicateur, il reconnaît implicitement le caractère irréductiblement incomparable des choses.

    "Bonheur National Brut"

    Le projet d’indicateurs multiples est à mettre en regard des efforts tentés par certains – aussi au niveau cantonal – de proposer une mesure du "bonheur" ou "bien-être" où seraient amalgamés des réalités foncièrement différentes. Le danger consiste à remplacer un monopole – celui du PIB – par une autre: celui du "Bonheur National Brut" calculé avec une méthode qui fatalement devra s’inspirer des meilleures recettes d’alchimie.

    Le préambule de la Confédération propose une mesure on ne peut plus révolutionnaire, bien en phase avec les enseignements du pape François: "La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres". Le reste du texte vaut aussi le détour, tous les objectifs de la vie en commun y sont mentionnés : les institutions, les valeurs de solidarité et de paix, le souci des générations futures etc… Autant de pistes pour développer des indicateurs ponctuels et créer ainsi un vrai champ de débat politique, parce qu’il ne suffirait plus de dire, comme on le fait trop souvent aujourd’hui, que "plus" signifie automatiquement "mieux".

    Paul Dembinski

    18 septembre 2019

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moi, je les connais,
et elles me suivent.

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