«Il vit et il crut». L’évangéliste Jean, dans sa profonde sobriété, décrit une intense conversion spirituelle. Un flash! Il vit (le tombeau vide) et il crut (à Jésus). Il est Pâques. Le passage de la mort à la vie. Et Jean en est le témoin, le premier, avec Pierre.Du vide naît un plein. De l’absence une présence. De l’obscurité du doute l’éclat de la foi. Cet instant est celui qui le fait disciple. L’Ecriture devient lisible. Le chemin avec Jésus devient compréhensible. Trois ans sur les routes et une fin tragique? Tant de mots, de gestes, de rencontres et une fin sur un gibet? Il vit qu’il n’en était rien et il crut pleinement, intensément, plus que jamais.Toute la vie terrestre du Ressuscité refait surface. Toutes les paroles, les paraboles, les miracles, le dernier repas, puis l’arrestation, la condamnation, la Passion et la mort bouleversante. Tout revient en un instant et tout bascule face à ce vide. Il n’y a personne dans ce tombeau. Pas de cadavre. Le mort a disparu. Le crucifié est ressuscité.Il vit et il crut. Il vit et en un instant, il sut que rien ne serait plus comme avant. La Résurrection promise était là. Le Chemin, la Vérité et la Vie s’étaient manifestés. Sans éclat, sans tremblement. Dans la douceur d’un matin de printemps. Dans la profondeur d’un amour allé jusqu’au bout. Dans l’évidence d’une autre forme de présence.Jésus est ressuscité. Il est le Christ, le Vivant à jamais. Et Jean vit et crut. Tout est accompli, désormais, comme le Maître l’avait dit avant de lâcher son dernier souffle. Le monde nouveau est né. Du vide du tombeau a jailli une lumière qui ne s’éteindra jamais.Mercredi passé à Delémont, Albert Rouet, archevêque émérite de Poitiers, racontait : « Lors de mes études de philosophie, un copain de classe s’est approché de l’interrupteur, d’un geste il a plongé la pièce dans la nuit, puis il a rallumé le plafonnier en disant : « Tu vois, c’est ça la résurrection… C’est la lumière. » C’était nul, mais ça m’a bouleversé ». De Jean, l’évangéliste, à Albert, l’évêque, le même émoi : Christ est ressuscité et nous serons toujours des néophytes devant la grandeur de ce mystère. Il vit et il crut…
Bernard Litzler