Un débat se développe dans nos sociétés occidentales sur le mariage et l’adoption par des couples homosexuels. A cette occasion les intervenants font appel ou refusent toute référence à une loi naturelle. Permettez à un historien de la pensée d’apporter son éclairage à cette discussion.La première idée de loi naturelle est historiquement associée à la morale chrétienne. Elle signifie le projet que Dieu a pour l’humanité. Celui-ci est un projet d’amour qui est formulé dans les Commandements et explicité dans les Béatitudes. Il ne s’agit pas d’une loi au sens traditionnel du terme puisqu’elle ne se limite pas à un ensemble de droits ou d’interdits. Elle ressemble davantage à un plan d’action pour un parcours de vie, plan d’action dont le Christ nous donne l’exemple dans l’Evangile. Ce plan nous demande de construire notre liberté dans le respect de notre vocation de fille et de fils de Dieu.Sur la base de cette idée en apparaît une seconde à l’époque moderne qui concerne les sciences dites naturelles (physique, chimie, biologie). Serait naturelle une loi universelle c’est-à-dire une loi que l’être humain n’aurait pas la capacité de modifier comme la chute des corps en physique ou le vieillissement des cellules en biologie. Cette loi ne peut être remise en cause sauf démonstration et expériences validées selon des protocoles précis qui prouveraient une vérité différente.Les lois civiles votées par les parlements correspondent-elles à cette deuxième idée? Pour partie certainement, car il n’est pas dans le pouvoir du législateur de remettre en cause certaines règles universelles dans la vie des économies et des sociétés. Pensons ici à l’interdit de l’inceste ou au respect fondamental de la propriété privée. Mais beaucoup de lois qui gouvernent notre vie de tous les jours, ne résultent pas d’une vérité scientifique. Elles sont le fruit de la tradition ou de l’expérience. Elles sont sujettes à modification en fonction de l’évolution des sociétés. Nous pensons ici par exemple au refus de la peine de mort ou aux lois sociales. Elles sont appelées lois conventionnelles. En tant que telles, elles sont soumises au débat démocratique. Elles doivent favoriser la vie en société mais aussi contribuer au respect des personnes.L’Eglise a toujours souligné que certaines lois conventionnelles ne sont pas forcément justes dans leurs fondements et contreviennent à la loi naturelle dans le premier sens défini plus haut. L’ordre de l’Amour dépasse celui de la loi et le Christ a, à de nombreuses reprises, condamné le pharisaïsme qui se réduisait à une observance stricte de la loi conventionnelle. La question qui est posée aujourd’hui à propos du mariage homosexuel est de savoir si celui-ci relève d’une loi naturelle ou d’une loi conventionnelle. Les évêques de France ont répondu clairement en distinguant le problème du mariage de celui de la filiation. Le premier relève de la convention et ils proposent pour éviter toute confusion que la société lui donne le nom d’union civile. Cette union se ferait aux mêmes conditions que le mariage entre un homme et une femme. Elle serait fondée sur l’échange des consentements. Par contre la question de la filiation relève de la loi naturelle. Un enfant ne peut être le fruit que d’une femme et d’un homme. Toute autre conception met en cause le droit fondamental de l’enfant à connaître son origine et à construire son identité sur ce droit. C’est au nom de cette loi naturelle que l’Eglise condamne toute forme de procréation entre des personnes de même sexe.Peut-on critiquer cette position au nom d’une prétendue supériorité de la loi conventionnelle? Indépendamment de toute considération religieuse, ce serait oublier que les conventions pour être durables et justes doivent respecter les personnes les plus vulnérables, en particulier les droits des enfants. De même peut-on la mettre en cause au nom de l’égalité entre personnes adultes? L’égalité formelle n’est pas la seule condition d’une loi équitable. Il faut y ajouter la prise en compte des intérêts de toutes les parties concernées et la nécessaire prudence qui doit prévaloir dans toute décision concernant les générations futures. Le principe de précaution ne peut pas être limité à la vie végétale ou au destin des abeilles.Jean-Jacques Friboulet