«S’il vous plaît, s’il vous plaît...». La main tendue, ils nous interpellent. «S’il vous plaît...». Ils sont là... Devant la poste, devant la Migros, devant l’église. Qu’il pleuve ou qu’il neige, qu’il fasse chaud ou froid, peu importe... Ils sont là, indéboulonnables, la main tendue vers les passants.
Les réactions aussi sont là... Rejet d’un côté, compréhension de l’autre. «Ce sont des bandes organisées...» «Ils se font construire des villas en Roumanie»... «Ils sont rejetés de partout» «Il faut les comprendre...».
Les mendiants sont là, ils ne partiront plus. Les facilités de déplacements, l’ouverture des frontières, rien ne peut freiner la quête d’un mieux vivre. Les mendiants ont pris nos routes. La Suisse ne fait-elle pas partie des pays les plus favorisés? Nos pièces ne sont-elles pas des miettes tombant de notre table? Donner une ou deux pièces soulage la conscience, mais ne résout rien. Nos piécettes sont pourtant des plus-values lorsqu’on vient de pays où les salaires sont de misère et où avoir un travail reste un luxe.
Les mendiants sont là, ils nous titillent, ils nous renvoient l’image d’un pays enviable. Toute la misère du monde fondrait-elle sur nous? Ne nous y trompons pas.
Car les mendiants ne sont pas seulement ceux qui tendent la main. Les mendiants de reconnaissance, de paroles positives, de convivialité sont encore plus nombreux que ceux qui viennent quémander un peu d’argent. Mendiants de chaleur humaine, mendiants de ce que le confort matériel ne donne pas.
Le temps de l’Avent est celui de la mendicité. Nous nous découvrons tous mendiants d’un amour infini. Mendiants d’un don révélé qui nous transforme en princes. Le message de Noël le répète: avec Jésus, un monde nouveau est né. Il est là. Il nous tend les bras. A nous de le saisir, de le percevoir, de nous y attacher.
La main tendue de tous les mendiants de la Terre, c’est la main tendue de l’humanité vers son Dieu. Viens, Jésus, viens sur notre Terre, réponds à nos soifs d’infini, à nos désirs d’un monde meilleur, viens remplir nos mains.
Nous serons toujours des mendiants.
Bernard Litzler