En France, l’affaire Lambert prend des proportions singulières. De fait, Vincent Lambert est maintenu dans un état végétatif depuis son accident de la route en 2008. Déjà les parents de Vincent, chrétiens fervents, se sont opposés à son épouse et à d’autres membres de la famille. L’enjeu: faut-il ou non débrancher Vincent, hospitalisé à Reims? Oui, a décidé en juin dernier la Cour européenne des droits de l’homme, après des procès multiples en France. Une décision contestée par les parents, décidés à se battre jusqu’au bout pour le maintien en vie.Et voilà que le débat rebondit au sein de l’épiscopat. L’archevêque de Lyon Philippe Barbarin et d’autres prélats soutiennent les parents de Vincent dans leur refus d’interrompre les traitements. Par contre, l’archevêque de Rennes, Pierre d’Ornellas, chargé des questions bioéthiques pour les évêques de France, estime que le respect de la liberté doit primer. Si Vincent Lambert avait pu manifester sa décision de ne pas subir de traitements prolongés, «il aurait été juste de respecter cette liberté fondamentale».De fait, les évêques de France invitent «à la pudeur, à la modération et à la discrétion». La surexposition médiatique de cette affaire délicate met en jeu des questions si essentielles que l’invitation à la prière, également lancée par les évêques, semble le seul remède.Les implications personnelles, affectives et religieuses sont si fortes que le conflit entre le droit à la vie et le respect de la liberté humaine n’en apparaît que plus complexe. Et les situations de ce type sont toutes différentes, comme le prouvent les cas les plus médiatisés, tel ceux d’Ariel Sharon, ancien Premier ministre d’Israël, ou de Jules Bianchi, pilote de Formule 1 décédé il y a dix jours après un long coma. Les situations sont parfois si enchevêtrées que les évêques sont presque mitre contre mitre. Le débat n’est pas facile. Et la situation de Vincent Lambert, avec ses multiples rebondissements, montre que ce débat se prolonge aussi dans nos consciences… Sans véritable solution. Des personnes se déchirent autour d’un homme privé de parole. Et les tensions rejaillissent jusqu’à l’épiscopat.
Bernard Litzler