Pendant la Coupe du monde du Brésil, notre maison était régulièrement envahie par nos villageois, grands amateurs de foot comme une bonne partie de notre village global!On avait sorti la télévision, de notre salle communautaire dans la cour intérieure, puis, debout derrière, assis devant sur quelques chaises en plastique, sur l’herbe ou sur les pavés en béton, on allait assister à la liturgie planétaire.D’abord les préludes. Alors que les matches avaient lieu à 22 heures, la cour était envahie dès 19h30, et bien sûr grands et petits - qui n’ont rien dans leurs pauvres cases de chaume - se laissaient griser par une pub aussi envahissante que partout, par des musiques tonitruantes de la capitale et les téléfilms nullissimes de l’Afrique de l’Ouest ! Mais ceci est une autre chanson, quoique toujours sur le même thème de la globalisation!Le match commence. Et c’est vrai qu’il y a une certaine émotion dans cette communion mondiale. Ces gens qui sont rarement sortis de leur brousse connaissent le nom des joueurs mieux que moi (pas difficile!), la qualité des jeux et tactiques, les points forts et faibles de telle ou telle équipe, de tel ou tel attaquant ou défenseur...Lors du premier tour, lorsque les équipes africaines étaient encore en lice, les enthousiasmes et les partis-pris se comprenaient sans peine. Mais lorsque toute l’Afrique et toute la Suisse furent renvoyées à la maison, je me demandai de quels côtés pencheraient les supporters. Or ils savaient assez clairement déterminer qui il valait la peine de soutenir, pour la beauté du jeu plus que pour des raisons de chauvinisme superficiel.Dans les moments pathétiques la cour de notre maison s’emplissait de rugissements montant ou descendant toute la gamme de la peur ou du délire... On peut imaginer l’ambiance du match Brésil-Allemagne, quand toute l’assemblée tenait pour... l’Allemagne.Je ne suis pas grand amateur de foot et, soucieux des droits des plus petits dans notre monde féroce, je ne suis pas sûr que la FIFA n’ait fait que du bien au Brésil! Mais force est de constater que ce sport a une capacité fédératrice incroyable. Dans les yeux de mes petits Kasaïens aux t-shirts crasseux et troués, j’ai vu la conscience de faire partie du même monde que Messi... et que Gelson Fernandes: Mon Père, il y a des Suisses qui sont noirs? Bien sûr, puisqu’il y a même des monpères blancs qui sont Congolais! ☺