Il a commencé à fleurir sur les profils Facebook et Tweeter: c’est le «noun» arabe, la lettre N. N comme Nazrani, le Nazaréen. Un N pour marquer sa solidarité avec les chrétiens d’Irak, ont demandé des organisations chrétiennes. Un N pour indiquer que nous croyons, avec eux, au Nazaréen, le Christ. Un N symbole d’une proximité que nous souhaiterions plus forte.Mais ce N a d’abord été employé par les djihadistes de l’Etat islamique pour marquer les maisons des chrétiens, dans le nord de l’Irak. Comprenez: les «infidèles» qui habitent ces maisons, délogez-les s’ils n’adhèrent pas à la «vraie» foi (musulmane). Avec le N promu comme acte de résistance, la lettre est, si on peut dire, retournée à leurs expéditeurs.Soutenons nos frères orientaux, clame le cardinal Barbarin, de retour d’Irak. En solidarité il priera désormais tous les jours le Notre Père en araméen. «Tout cela offense Dieu et l’humanité, a renchéri le pape François le 12 août. On ne porte pas la haine au nom de Dieu!». Des mots de poids face à une tragédie que l’Occident n’a pas vu venir. Les autorités religieuses savent les chrétiens orientaux, acteurs de tous les drames du Proche-Orient, fragiles et plus menacés que jamais.Les chrétiens d’Irak, déjà diminués, paient la déliquescence d’un Etat abandonné par les «libérateurs» américains. Après l’exil de nombreux chrétiens, l’exode de milliers d’autres vers le Kurdistan irakien se déroule sous nos yeux. Et l’espoir? Les politiques à courte vue, les blocages du côté de la Syrie, les tensions extrêmes entre la Russie et la Chine face aux Etats-Unis ont généré cette situation inextricable. Nous nous sentons impuissants à stopper la stigmatisation des chrétiens que l’avancée djihadiste révèle plus encore. Alors contre la haine, sortons notre N! C’est le signe du Nazaréen.
Bernard Litzler